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Entreprendre CCI du Lot n°181
Marchés publics : la Fédération du Bâtiment et des Travaux
Publics du Lot en alerte
Consciente et à l’écoute des difficultés rencontrées par les entreprises du bâtiment et des travaux publics, la CCI du Lot ouvre les colonnes de son magazine Entreprendre à la FBTP et à des professionnels de la filière.

Créé fin 2014, l’Observatoire des marchés publics lotois du BTP permet de disposer d’informations concernant la nature et le montant des travaux, l’identité des entreprises auxquelles les marchés ont été attribués, la pondération des critères, etc.

Dans les faits, l’obtention de cette “photographie” des marchés du BTP n’est pas une fin en soi, mais un préalable pour faire évoluer les conditions d’attribution. A titre d’exemple, on peut notamment citer le travail mené pour identifier ce que l’on appelle désormais les “offres anormalement basses”. Sur ce sujet, le Lot a joué un rôle de pionnier et les élus du département ont signé une charte sur le sujet dès juin 2013.

En 2015, le Lot n’aurait selon l’Observatoire attribué que 55% des marchés du bâtiment à des entreprises lotoises. « A la décharge du Conseil Départemental du Lot, il faut noter que c’est la première fois qu’il est comparé aux départements voisins, explique Monique Montal, Présidente de la FBTP du Lot. Les marchés, notamment dans les travaux publics, sont peu nombreux et les chiffres sont déclaratifs et doivent être harmonisés. Nous aurons une réunion avec le Conseil Départemental d’ici la rentrée 2016 pour travailler sur des sources indiscutables. »

Pour chacune, ont été regroupés par souci d’homogénéité, les marchés du bâtiment avec les marchés de travaux publics. Ainsi, par exemple, le Grand Figeac a confié à des entreprises lotoises 83 % de ses marchés et 83 % de son enveloppe financière.


Monique Montal, Présidente de la FBTP 46 : « Les marchés, notamment dans les travaux publics, sont peu nombreux et les chiffres sont déclaratifs et doivent être harmonisés. »

Travaux publics dans le Lot : L’ histoire d’un brassard noir
Les derniers chiffres montrent que les entreprises de travaux publics (TP) lotoises sont particulièrement éprouvées par les effets conjugués de la baisse de la commande publique et par l’attribution des marchés à des entreprises implantées à l’extérieur du département. Voici les réactions de plusieurs représentants de la filière des TP dans le Lot.

L’ image a marqué (elle avait été faite pour cela) : les représentants de la Fédération des Travaux Publics du Lot ont porté le 19 mai 2016 un brassard noir, lors de leur assemblée générale annuelle, organisée à Soulomès. Dès le lendemain, la photographie du président de cette fédération – Jean-Luc Séguy – avec ce brassard faisait le tour des médias locaux.

La première question est : pourquoi cela s’est-il passé dans le Lot et pas dans les départements limitrophes ou sur d’autres territoires de France ? La réponse est que la filière des travaux publics a particulièrement souffert dans le Lot en 2015, au sein d’un secteur qui se montrait déjà bien à la peine au niveau national. La Fédération Nationale des Travaux Publics l’affirmait d’ailleurs clairement dès février 2016 : « Il s’agit de la plus forte chute d’activité enregistrée depuis 30 ans » (ndlr : – 7,4% en 2015 par rapport à 2014). Quant à savoir pourquoi le Lot semble dans une situation aussi délicate, tous les professionnels des travaux publics du département fournissent la même explication : trop peu de marchés publics (lesquels représentent en moyenne plus des deux tiers de l’activité des entreprises de travaux publics) sont attribués à des sociétés lotoises.


Jean-Luc Séguy, Président de la Fédération des Travaux Publics du Lot : « Le chiffre qui nous peine réellement, c’est 160 : le nombre de salariés dont les entreprises lotoises des TP ont du se séparer. »

Les chiffres leur donnent raison (étude du CRC, Comité Régional de Concertation du BTP de Midi- Pyrénées) : si on limite l’analyse aux départements de l’ancienne région Midi-Pyrénées, on constate que 92 % des marchés des TP lancés par le Conseil Départemental de l’Aveyron ont été attribués à des entreprises de l’Aveyron, que 97 % des marchés des TP lancés par le Conseil Départemental de la Haute-Garonne ont été attribués à des entreprises de la Haute- Garonne, que cette proportion est de 86 % dans les Hautes-Pyrénées, de 77 % dans le Gers, de 70 % dans l’Ariège, de 67 % dans le Tarn ou de 62 % en Tarn-et-Garonne. Citons un autre département voisin du Lot, mais appartenant à une autre région : la Dordogne. Là, la part des marchés lancés par le Conseil Départemental attribués à des entreprises de Dordogne s’élève à 81 %. Dans le Lot, la part n’est que de 22 %.

(*) Au niveau national, le secteur des travaux publics est représenté par la Fédération Nationale des Travaux Publics. Dans le département, la Fédération des TP regroupe la quasitotalité des entreprises et mutualise locaux et moyens avec la Fédération du Bâtiment.

LA PERTE D’UN QUART DES EFFECTIFS

Faut-il comprendre que les représentants lotois de la filière TP ont arboré un brassard noir parce que les quatre-cinquièmes des marchés lancés par le Conseil Départemental leur ont échappés ? «Non, ce n’est pas le message, répond Jean- Luc Séguy, Président de la Fédération des Travaux Publics dans le Lot*. Le chiffre qui nous peine réellement, c’est 160 : le nombre de salariés dont les entreprises lotoises des TP ont du se séparer. C’est là qu’est le véritable crève-coeur, pour ces dizaines de TPE et de PME lotoises. Tentons d’imaginer ce qui aurait été dit si une PME lotoise de 160 personnes avait fermé ses portes ! ». Il faut noter que Jean-Luc Séguy, après dix ans de présidence de la Fédération des TP dans le Lot, a annoncé le 19 mai 2016 qu’il ne se représenterait pas, ce qui libère sa parole. « Les entreprises de cette filière sont confrontées à l’absence quasi-totale de visibilité sur leur niveau d’activité », reprend Jean-Luc Séguy. Selon l’enquête de conjoncture CCI-FBTP46 du premier trimestre 2016, le carnet de commandes est inférieur ou égal à trois mois pour 57 % des entreprises de TP. Pour faire face aux pics d’activité, il semblerait aujourd’hui plus raisonnable de faire appel à l’intérim plutôt que d’embaucher pour licencier ensuite ! » Mais quand on voit qu’en Midi-Pyrénées, le nombre d’emplois intérimaires (en nombre d’équivalents temps plein), a chuté de 18 % en 2015, on mesure la baisse d’activité. Pour la France entière, le nombre de suppressions des emplois d’ouvrier permanent s’est élevé à plus de 8 000 en 2015, contre seulement 2 600 en 2014. Enfin, il faut rappeler que, par rapport à 2007, le nombre de défaillances d’entreprises en 2015 a bondi de 46 % !

L’ACCÈS DES TPE AUX MARCHÉS PUBLICS

En France, la commande publique pèse quasiment 10 % du produit intérieur brut (PIB), tous secteurs confondus. Mais dans le secteur des travaux publics, la proportion atteint des niveaux record : entre les deux tiers et 70 % du chiffre d’affaires des entreprises de la filière. Officiellement, le Code des Marchés Publics interdit de “favoriser” les entreprises locales (voir le dossier que le magazine Entreprendre avait consacré à ce sujet dans son n° 177). Toutefois, les acteurs de la commande publique peuvent aider les entreprises locales à répondre en allotissant leurs marchés. Par ailleurs, pour les autres marchés, les donneurs d’ordres peuvent aussi retenir les offres de plusieurs PME locales qui s’associent pour être en mesure de réaliser des chantiers plus importants. En la matière, les professionnels des TP du département citent régulièrement l’exemple du chantier du pont-rail de Gourdon. L’appel d’offres a été lancé en 2012 par l’entreprise nationale Réseau Ferré de France (RFF).Pour ce chantier très technique et contraignant, RFF a finalement choisi l’offre commune de deux entreprises lotoises : Loubières & Cie et Mercadier TP. «Nous nous sommes engagés ensemble à mobiliser suffisamment de matériels et de personnels pour déblayer 10 000 m3 en dix heures, ce que nous avons fait », rappelle Jean Loubières. Pour y parvenir, les deux entreprises ont mobilisé d’autres TPE et PME lotoises. « Le chantier a réuni jusqu’à 54 personnes, sachant que le défi était que la ligne Paris- Toulouse ne soit interrompue que pendant 55 heures », précise encore Jean Loubières. « Le niveau d’exigence était très élevé et cela nous a justement permis de mettre en avant nos compétences, ajoute Olivier Mercadier. Il est faux de penser que les entreprises lotoises de TP sont écartées par manque de technicité ou parce qu’elles pratiquent des prix plus élevés que leurs confrères : le véritable problème, c’est que les grands groupes sont en mesure de baisser leurs prix jusqu’à ce que nous ne puissions plus nous aligner. » Cet exemple a d’ailleurs été cité le 19 mai 2016 par le Président de la Fédération des Travaux Publics du Lot, Jean-Luc Séguy, qui a interpelé les représentants de l’Etat et les élus en ces termes : « Vous me répondrez peut-être que ces travaux étaient trop gros, trop techniques pour les Lotois ! C’est ce qu’on entend parfois ! Dans ce cas, pourquoi un maître d’ouvrage important comme Réseau Ferré de France a-t-il confié les travaux du pont-rail de Gourdon à deux entreprises lotoises ? »

Olivier Mercadier et Jean Loubières, sur le chantier du pont-rail de Gourdon. Les deux entreprises lotoises de travaux publics avaient remporté l’appel d’offres lancé en 2012 par Réseau Ferré de France, ce qui a marqué les esprits des acteurs de la filière des TP dans le département.

Le 19 mai 2016, Jean-Luc Séguy a interpelé les représentants de l’Etat et les élus en ces termes : « Vous me répondrez peut-être que ces travaux étaient trop gros, trop techniques pour les Lotois ! C’est ce qu’on entend parfois ! Dans ce cas, pourquoi un maître d’ouvrage important comme Réseau Ferré de France a-t-il confié les travaux du pont-rail de Gourdon à deux entreprises lotoises ? »
LES “GRANDS” DES TP SE DISENT AUSSI À LA PEINE

Marcouly est la plus importante entreprise de travaux publics dans le Lot, avec 75 salariés. Filiale d’Eurovia (Groupe Vinci) depuis 2003, elle est la seule avec Eiffage à pouvoir proposer de “l’enrobé” pour la construction des routes.

En l’occurrence, Marcouly et Eiffage disposent historiquement ensemble d’une unité de production d’enrobé près de Cahors, à Fontanes (Quercy Enrobé), sans oublier l’unité de production du liant qui sert de matère première pour la fabrication d’enrobé, C3L à Espère (filiale d’Eiffage). « Le volume de production de cette unité était de 50 000 à 60 000 tonnes par an et il n’est plus aujourd’hui que de 30 000 tonnes, répond Ahmed El Amri, ce qui signifie qu’elle n’est plus rentable. Nous avons donc tout intérêt à vendre de l’enrobé aux petites entreprises lotoises ou à intervenir comme partenaires dans le cadre de ces marchés. Cela se passe déjà. Il faut que les entreprises présentes dans le Lot soient solidaires. Sinon, il ne faut pas s’étonner que les deux plus importants marchés récents aient été remportés par des entreprises de Béziers ou de Clermont-Ferrand (note de la rédaction : il s’agit du chantier de la déviation de Cambes et de celui de la RD 720, entre Saint-Michel-de-Bannières et Vayrac). » Il est un point qui réunit tous les professionnels des travaux publics dans le Lot : la dégradation du patrimoine routier. « Il n’est pas en bon état et il serait irresponsable de laisser une “dette grise” aux générations à venir : pour chaque euro qui n’est pas investi aujourd’hui, il faudra en dépenser dix demain », conclut Ahmed El Amri.