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Entreprendre CCI du Lot n°161
Innovation : que le match commence !
Pour la France, l’innovation est aujourd’hui le principal levier du développement économique. En termes d’emploi, l’enjeu est tout simplement colossal. Les CCI de l’Hexagone ont donc fait de 2014 « l’année de l’innovation », tandis que l’Etat a multiplié les dispositifs d’aide, depuis la Banque Publique d’Investissement jusqu’à la commission « Innovation 2030 ».

Toutes les innovations sont potentiellement créatrices d’emploi. C’est ce que montrent les témoignages et les conseils pratiques réunis dans ce dossier. C’est également ce qui a conduit l’Etat à créer la Commission Innovation 2030, après avoir mis place Bpifrance, la Banque Publique d’Investissement.

Dans ce domaine, une des initiatives les plus visibles est le concours mondial de l’innovation, lancé par la France en décembre 2013. Début mars 2014, 625 projets avaient été déposés, issus de 16 pays. Ce concours qui récompense une innovation développée en France est doté de 300 millions d’euros, qui seront partagés par environ 130 lauréats. Par ailleurs, l’innovation va également être soutenue via le projet Nouvelle France Industrielle, la création d’une filière « Silver économie »*, la pérennisation du Crédit d’Impôt Recherche…

Autre initiative : les Chambres de Commerce et d’Industrie ont choisi de faire de 2014 « l’année de l’innovation ». L’un des principaux messages à retenir est que l’innovation concerne tous les secteurs d’activité et toutes les entreprises, des TPE aux grands groupes, en passant par les PME et les entreprises de taille intermédiaire (ETI). Dans l’objectif de développer cette culture d’une innovation accessible à tous, différents événements seront organisés par les chambres consulaires tout au long de l’année, à l’échelle nationale, régionale et locale.

INNOVATION N’EST PAS SYNONYME DE ZONE URBAINE

« Il y a au moins deux idées toute faites contre lesquelles nous devons lutter : la première est effectivement que l’innovation serait réservée à une élite dotée de ses propres ingénieurs et chercheurs, la seconde concerne le réflexe qui conduit à aller chercher en dehors de Midi- Pyrénées des compétences qui y existent, mais que l’on ne connaît pas, estime de son côté Christophe Nicot, Directeur Général de Midi- Pyrénées Innovation (MPI). Comme le démontre la collaboration entre le Lotois Solev et le toulousain Ubleam, ce n’est pas parce qu’une expertise n’est pas présente à tel endroit qu’elle ne l’est pas dans la région. L’innovation naît également d’une bonne circulation des informations. »

Début 2014, une plateforme Internet a été lancée pour développer cette intelligence économique : www.innoverenmidipyrenees. com. Le rôle déterminant des échanges d’informations est également vérifiable à l’échelle du département, ce qui a conduit le Lot à se doter d’un portail Internet dédié à l’économie (voir encadré).

De plus, Midi-Pyrénées a mis en place un système de maillage du territoire de la région baptisé RDTI (Réseau pour le Développement Technologique et l’Innovation), qui compte 4 correspondants dans le Lot :

• Yasmina Loiseau - CCI du LOT
yasmina.loiseau@lot.cci.fr
• Thierry Voirin - CCI du LOT
thierry.voirin@lot.cci.fr
• Aurélien Massy Niel – CLE
aurelien.massyniel@cle-lot.fr
• Jean-Michel Pangrazzi
Chambre de Métiers du Lot
jm.pangrazzi@cm-cahors.fr

En résumé, l’innovation n’a jamais été autant accompagnée et aidée en France…
* Silver économie : également appelée « économie des séniors », elle désigne les activités économiques liées aux personnes du troisième âge.

Un portail novateur pour scruter l’économie lotoise
Pour promouvoir son attractivité auprès des entreprises et assurer son développement économique dans un contexte de plus en plus concurrentiel, le Lot doit avoir une connaissance complète et actualisée des composantes de son économie, tant au niveau des entreprises et filières présentes, qu’au niveau des offres foncière ou immobilière opérationnelles ou en projet. Pour ce faire, en 2010, le Conseil général du Lot et la CCI ont uni leurs moyens pour concevoir un véritable outil d’observation et d’aide à la décision : l’observatoire économique départemental. Cet outil, qui connaît peu d’équivalents en France, permet de structurer, animer et maintenir à jour un système d’informations sur le contexte, la conjoncture et l’évolution de l’environnement propres aux entreprises et aux territoires du Lot. Autre facette innovante de cette initiative, l’information fournie par les différentes enquêtes et par les partenaires techniques de cet observatoire, est disponible, en temps réel et gratuitement, sur le portail Internet http://economie.lot.fr.
Instalisy : des services innovants
pour la mobilité des salariés

Proposé depuis 2011 par la CCI du Lot, Instalisy facilite l’intégration sur le territoire des nouveaux collaborateurs et de leurs familles, contribuant ainsi à renforcer l’attractivité des entreprises lotoises. A la clé de ce dispositif innovant, une palette de services sur-mesure pour les nouveaux arrivants : recherche de logements, de solutions de scolarisation et de garde d’enfants, appui à la recherche d’emploi du conjoint… Pour plus d’informations : Virginie Nodar – 05 65 20 48 63 – virginie.nodar@lot.cci.fr

Entreprenariat au féminin,
la CCI innove avec ELFE

Favoriser la création / reprise d’entreprises par des femmes sur le territoire du Lot. C’est l’objectif du projet ELFE (Entreprenariat du Lot au FEminin) porté par la CCI et qui s’inscrit dans une démarche ambitieuse d’attractivité du territoire et de développement du tissu économique lotois. Aujourd’hui en effet, seuls 25 % des chefs d’entreprise lotois sont des femmes et si l’on se focalise sur le secteur de l’industrie, elles ne sont plus que 6 %. Nous sommes donc bien loin de la parité… Pour inverser la tendance, la chambre consulaire met en oeuvre un dispositif global inédit, destiné à accompagner les porteuses de projets sur le territoire, dans des secteurs à fort potentiel d’emploi. Et ce, depuis l’émergence du projet jusqu’aux trois ans de l’entreprise. A la clé de ce guichet unique, axé sur le mentoring et la mise en réseau : un pool de compétences spécialisées (conseils experts, coaching, veille…), des outils collaboratifs et un site Internet dédié.

Afin de cerner le potentiel de développement de filières d’activités innovantes et de dynamiser l’écosystème de sous-traitance des donneurs d’ordre du secteur industriel, la CCI rencontre en avril un panel représentatif de chefs d’entreprises lotois. Parallèlement, la chambre consulaire engage les chefs d’entreprises qui souhaitent céder à la contacter (Virginie Nodar : 05 65 20 48 79 / Cécile Herman : 05 65 20 48 66). Entreprendre vous tiendra informé des résultats de cette initiative dans son prochain numéro.

Mieux vaut innover que guérir

L’adage dit que « mieux vaut prévenir que guérir ». Aménageons le un peu pour évoquer le rôle essentiel de l’innovation dans la santé économique des entreprises et disons que « mieux vaut innover que guérir ». Il est en effet essentiel, pour préparer l’avenir, de continuer à investir dans l’innovation même lorsque « les temps sont difficiles ». Aujourd’hui, une entreprise qui déciderait de ne plus consacrer le moindre euro à l’innovation doit savoir qu’elle sera obligatoirement « malade » au cours des années qui viennent, et qu’il faudra tenter de la guérir, si cela est encore possible. Comme le rappelle ce dossier, 75% des produits et services consommés aujourd’hui n’existaient pas il y a 10 ans. Il est tout à fait possible pour les entreprises lotoises de considérer ce chiffre avec sérénité et confiance : les innovations en préparation viennent se substituer aux produits plus anciens, condition sine qua non du développement de l’entreprise. C’est possible et, sans forfanterie, c’est ce que nous nous apprêtons à vivre au sein du groupe Cahors : 40% du chiffre d’affaires que nous réaliserons dans 5 ans seront probablement générés par des innovations aujourd’hui abouties, comme les matériels liés au compteur électrique intelligent ou la borne de recharge pour voiture électrique.

L’innovation n’est pas une fin en soi : c’est notre source d’énergie, notre carburant à toutes et à tous. Pour éviter de tomber en panne : innovons constamment non seulement en matière de produits mais aussi dans tous les domaines de l’entreprise. Voilà sans doute le principal changement à faire dans l’esprit des chefs d’entreprise : innover n’est pas la destination, c’est le carburant. Dans ce contexte, notre mot d’ordre doit être : « ne tombons pas en panne, innovons ! ».

MICHEL HIBON, pdg du Groupe Cahors, élu et membre du bureau de la CCI du Lot
Le CEA veut être un accélérateur de l’innovation en France
Le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) a créé la structure CEA Tech, qui a pour mission de mettre les moyens du groupe au service de l’innovation. Explications.

Parmi les innovations présentées à Cambes sur le show room du CEA Tech, les « capsules de lumière » destinées à la décoration.

La puissance du CEA

Avec CEA Tech, le groupe met à la disposition des entreprises françaises un potentiel de R&D impressionnant, avec plus de 20 plateformes déjà en place et des développements spécialisés dans des domaines comme les transports terrestres, l’agroalimentaire, les villes intelligentes, la santé et la silver économie, l’environnement, le bâtiment, l’énergie des objets nomades ou l’usine du futur.

En France, tout le monde pense connaître le CEA, dont le nom complet est aujourd’hui « commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives ». Mais il y a une nouveauté qui est encore peu connue : ce groupe qui emploie près de 15 000 personnes a créé une structure dédiée à la recherche et à l’innovation, baptisée CEA Tech. Jusqu’à l’an dernier, le CEA était surtout présent en Midi-Pyrénées avec le centre d’études de Gramat (plus de 250 salariés). Depuis le printemps 2013, une antenne du CEA Tech est installée à Toulouse. Elle emploie pour l’instant une dizaine de personnes et est hébergée par l’ONERA (Office National d'Etudes et de Recherches Aéronautiques), mais elle va faire construire ses propres locaux et prévoit d’employer une centaine de personnes en 2016. Qu’est-ce qui explique cette installation ?

DE L’IDÉE À LA PRODUCTION

A la base, l’Etat a fait le constat suivant : le CEA est l’un des principaux acteurs de l’innovation en France, qui emploie 4 500 chercheurs et dépose en moyenne 550 brevets par an (c’est le deuxième au niveau national). Le concept est de mettre cette impressionnante force de frappe à la disposition des entreprises et de l’industrie française : en résumé, le CEA Tech prend les idées et développe le reste, jusqu'à la mise en production.

Il s’agit d’un service, que le CEA Tech entend bien facturer aux entreprises mais qui peut être largement financé par les différentes aides des régions, de l’Etat français ou de l’Europe. Le CEA Tech estime ainsi que pour un projet de 200 000 €, déduction faite des subventions et du crédit d’impôt recherche (CIR), l’entreprise ne doit finalement investir elle-même que 31 000 €.

Avec ces nouveaux arguments, le CEA s’est installé dans trois régions : l’Aquitaine, les Pays-dela- Loire et Midi-Pyrénées (les implantations « historiques » du CEA sont l’Ile-de-France, à Saclay, et la Provence-Alpes-Côte d’Azur).

MIDI-PYRÉNÉES POUR SES ATOUTS DANS L’AÉRONAUTIQUE ET LE NUMÉRIQUE

Si CEA Tech s’est installé en Midi- Pyrénées, c’est notamment pour renforcer l’innovation dans deux filières fortes de la région : l’aéronautique et le numérique. Depuis mars 2013, l’antenne du CEA a rencontré plus de 150 entreprises locales. En février dernier, une réunion a été organisée à Cambes, à la CCI du Lot. Quel était le message ? « Nous avions deux principales choses à dire et à montrer, explique Nicolas Sillon, directeur du CEA Tech Midi-Pyrénées, présenter les services que nous pouvons rendre, les moyens mobilisés et donner à voir les quelques unes des 150 innovations qui sont déjà nées de cette manière ». Le fait est que le « showroom » aménagé à Cambes permettait de découvrir plusieurs dizaines d’innovations, dans les domaines du logiciel, de l’énergie, de l’électronique ou des matériaux. Citons, entre autres exemples, les « nanosatellites », les « capsules de lumières », les « volets automatiques autonomes », les « pacemakers intelligents », les « tissus en fil de lumière », etc.

Informations complémentaires sur
http://www.cea.fr/cea-tech

Propriété intellectuelle :
la règle retenue par CEA Tech est « le propriétaire de l’invention est l’employeur de l’inventeur ».
En moyenne, les projets conduits par le CEA Tech
(de l’idée à la mise en production)
durent de 14 à 18 mois.
Parcours d’innovations lotoises
Comment aller de l’idée au marché ? Cette enquête suit le parcours de 11 innovations « Made in Lot »…

Découvrir est important et inventer est essentiel, mais ce n’est pas innover. Quelle que soit la définition que l’on retienne, la différence fondamentale entre une invention et une innovation est le résultat commercial de l’exercice. Par exemple, de nombreuses découvertes ou inventions ont débouché sur des échecs commerciaux. A l’inverse, certaines innovations n’ont été que des améliorations d’inventions antérieures… mais elles ont rencontré un marché. Pour résumer cette différence, voici la nuance que retient Wikipedia : « la mise en place avec un résultat économique tangible est essentielle pour parler d'innovation ».

Il faut avoir en tête cette définition, qui correspond à l’état d’esprit du « Manuel d’Oslo », un guide de ce que doit être une innovation, publié en 1992 et qui fait aujourd’hui référence au niveau mondial. C’est ce qui explique que la France ne soit pas bien classée lorsqu’il s’agit d’innovation (20e en 2013 et 24e en 2012) : l’Hexagone a beaucoup inventé mais peu innové. C’est le principal changement actuel.

L’INNOVATION N’EST PAS QUE TECHNIQUE

La France dispose d’un formidable potentiel de recherche, qui lui donne une place légitime parmi les 5 pays les plus puissants du monde. Cela étant dit, un exemple suffit pour démontrer que ce potentiel a longtemps été mal utilisé : c’est en France que le micro-ordinateur a été inventé, en 1972, voilà plus de quarante ans, mais la France ne conçoit ni ne fabrique plus de micro-ordinateurs depuis 20 ans.

Longtemps, on a considéré en France que l’innovation ne pouvait concerner que les inventions dans les domaines technologiques, comme l’aéronautique, la production d’énergie, la mécanique ou la santé. Au début de cette décennie, il est devenu évident que l’innovation dépassait largement ce cadre :
on trouve des innovations dans les domaines des services, de l’organisation des entreprises, du marketing, de la protection de l’environnement, des méthodes commerciales, des partenariats, etc.
Les exemples qui sont cités dans ce dossier montrent que le Lot n’est pas en reste par rapport à cette double évolution : il ne suffit pas d’inventer pour innover et l’innovation ne porte pas uniquement sur les domaines technologiques (voir notre focus sur l’innovation managériale pages 20 et 21).
Pour illustrer ce propos, nous vous proposons quelques exemples du pouvoir d’innovation des entreprises lotoises.

COMMENT NAÎT UNE IDÉE

Romain Ravaud, fondateur et dirigeant de Whylot a obtenu le Prix du Jeune Entrepreneur 2013 (région Sud-Ouest). Son entreprise a reçu le Grand Prix des Mechatronics 2013 et le Grand Prix de l’Innovation en Midi-Pyrénées début 2014.

Les chemins qui mènent à l’émergence d’une idée sont complexes et la voie des laboratoires de recherche & développement n’est pas la seule. Deux récents exemples lotois le montrent. Le premier concerne l’innovation de VTTplusElec. Elle est née pour innovarépondre à un besoin : celui de Michel Pioch, entrepreneur lotois expérimenté implanté à Saint- Céré (où il dirigeait une entreprise de fabrication de profilés) et grand amateur de vélo tout terrain.


« L’assistance électrique me paraissait être le plus pour continuer de profiter de ce sport nature sans contraintes de parcours ou de dénivelées. C’est ainsi que le concept s’est imposé : permettre aux VTT dits “traditionnels” de devenir électriques tout en restant légers et sportifs ! ». Le produit existe désormais depuis plus d’un an et a la forme d’un kit, qui peut être installé sur la plupart des marques de VTT du marché, par VTTplusElec ou par un spécialiste. Dans les faits, il s’agit surtout d’une innovation dans le domaine marketing. Le second exemple est quant à lui une illustration parfaite de l’innovation technologique : il s’agit de Whylot et de son moteur magnétique très puissant et de petite taille destinée à l’industrie. Comment l’idée est-elle née ? « L’élément déclencheur a été la demande d’un client potentiel, explique Romain Ravaud. Nous devions faire mieux que les moteurs qu’il utilisait : ceux-ci mesuraient plusieurs mètres pour une vitesse de 2 800 tours/minute. Nous avons cherché et nous avons trouvé : plus de 4 800 tours/minute dans quelques dizaines de centimètres et une consommation électrique très faible grâce à la puissance électromagnétique qui est utilisée. »
CONFRONTER LES PROTOTYPES À LA RÉALITÉ
Poursuivons notre parcours sur l’itinéraire de l’innovation avec VTTplusElec, aujourd’hui engagé dans une nouvelle étape : la production d’une présérie de vélos équipés. Parmi les contraintes qui s’imposaient à Michel Pioch lorsqu’il a conçu les premiers prototypes, citons notamment : un poids aussi faible que possible des équipements batteriemoteur- contrôle, une autonomie suffisante pour faire des randonnées de 40 kilomètres, une puissance adaptée pour des pentes jusqu’à 20%, une conformité du système à la norme EN 15194 sur l’assistance électrique des cycles… Une fois le système au point, il a fallu le tester. Pour commencer, VTTplusElec a équipé et engagé 4 VTT au printemps 2013 sur la randonnée «Martel-Rocamadour », soit 40 kilomètres, plus de 1 000 mètres de dénivelé et des pentes allant jusqu’à 15%. « Les systèmes ont tenu bon, explique Michel Pioch, et nous avons poursuivi avec une phase de test dans des conditions normales et avec un plus grand nombre de testeurs, puisque 15 VTT équipés tournent actuellement à Saint-Céré et dans les environs ». Pour 2014, les priorités de Michel Pioch sont d’accompagner la création d’une structure autour d’un jeune technicien ou ingénieur passionné de vélo, qui portera le développement de cette activité associant la distribution de vélos, tel le cadurcien Veloclic. « Cette activité est portée par la croissance du vélo à assistance électrique, qui est de 30% à 40%. Ce qu’il faut désormais, c’est la solution pour produire en série et pour vendre les kits », conclut Michel Pioch.
LE PROTOTYPE EST ÉGALEMENT LE PORTEPAROLE DE L’IDÉE
La réalisation des prototypes est une phase essentielle, pour vérifier la faisabilité du projet et pour confronter l’idée au besoin des clients, mais aussi pour convaincre les investisseurs. Reprenons l’exemple de Whylot, qui a passé avec succès l’étape du prototypage. Dès le départ, la force de cette innovation était qu’elle se « démontrait » elle-même, à telle enseigne qu’elle a rapidement convaincu plusieurs investisseurs importants, désormais associés : Robert Gaïani, Robert Vitrat et Francis Pelissier. Whylot, qui a par ailleurs remporté de nombreux trophées et bénéficié d’une reconnaissance médiatique importante avait besoin de ces atouts pour passer l’étape la plus « coûteuse » du parcours de l’innovation (voir pages 12 et 13), c’est-à-dire celle de l’industrialisation. De ce point de vue, les prototypes ont été des porteparoles très efficaces de l’idée de Whylot. Dans tous les cas, la phase du prototypage permet au porteur de projet de faire la démonstration de ce qu’apporte son innovation aux clients potentiels, que ce soit en matière d’économies, de délais ou de processus. C’est sur ce dernier registre que se positionne l’entreprise de Montet-et- Bouxal Hacoma.
FAIRE SON TROU

On peut considérer que Hacoma est également une entreprise innovante sur le plan technologique. « Pourtant, notre innovation de base concerne les process de fabrication », répond Grégory Hache, fondateur et gérant de l’entreprise. L’illustration la plus simple de cette innovation concerne les « trous ». Dans le procces industriel traditionnel, la pièce est moulée, puis on la perce. Avec Hacoma, les trous sont déjà prévus « dans le moule » (l’innovation concerne également les « sur-moulages »). « Nos clients sont des industriels et ce qui les séduit, c’est surtout le gain de temps pour fabriquer une pièce », préciset- il. Son entreprise a notamment convaincu Delsey, Renault Sport, Ratier Figeac, Rhodia, Porcher Industries ou le CNES. Pour Hacoma, le développement n’est pas nécessairement de fabriquer davantage, mais d’installer des chaînes de production intégrant son process au sein des unités de production de ses clients industriels. Il faut noter que les exemples cités permettent la réalisation de prototypes qui prennent la forme d’objets. Qu’en est-il lorsqu’il s’agit de services ?

PARTAGER DES COMPÉTENCES RARES

L’innovation de VPM Automation ne correspond pas à la création d’une nouvelle technologie mais à la mise au point d’un service autour des machines-outils (maintenance, renouvellement, optimisation, etc.). En d’autres termes, l’innovation de VPM Automation a été de rendre un savoir-faire rare accessible. L’entreprise compte aujourd’hui quatre personnes. Elle a été créée fin 2012 par Vincent Pradalier, qui a travaillé auparavant pendant plus de 10 ans chez Forest-Liné. « Je constatais que les compétences nécessaires pour la gestion des machines-outils avaient tendance à disparaître, alors qu’elles sont indispensables dans de nombreuses entreprises industrielles, explique-t-il. Mon idée de base est donc simple : proposer une prestation de services pour palier l’absence de remplacements ou d’embauches. ». Dans ce cas, les prototypes sont des « essais » de la prestation : ils ont convaincu une vingtaine de clients, dont Airbus, Dassault Aviation, Zodiac Aerospace, Figeac Aéro, Avantis Engineering, Aubert & Duval, Ratier-Figeac, Forest-Liné, Le Creneau Industriel, HAM France et bien d’autres.

La même démarche peut-elle être adoptée lorsqu’il s’agit de services destinés aux particuliers ? Des éléments de réponse sont aujourd’hui apportés par l’entreprise Mes Vignes, basée à Montcuq.

L’air de Montcuq mis en boîte !
Il fallait y penser… mais le projet lancé fin 2013 par Antoine Deblay, étudiant en communication originaire de Montcuq, a fait un véritable buzz dans les médias et sur les réseaux sociaux. Son idée : conditionner l’air de son village dans des boîtes en métal de 250 ml, commercialisées au prix de 5 €. Pour financer le démarrage de son projet, il s’est inscrit sur la plateforme de financement participatif KissKissBankBank. Aujourd’hui, il a déjà vendu plusieurs milliers de ces petites boîtes en France, mais aussi en Europe, aux Etats-Unis, en Australie…
CRÉER SON MARCHÉ

Mes Vignes a développé en 2006 une offre inédite : proposer aux amateurs de vin de devenir propriétaires virtuels de pieds de vignes dans un domaine et suivre toutes les étapes de l'élaboration de leur cuvée avec le vigneron.

« C’était une expérience que j’avais moi-même envie de vivre et de faire partager à tous les amateurs de vin. A l’époque, cela n’existait pas. En fait, seuls quelques gros clients privilégiés pouvaient être occasionnellement invités dans les domaines », raconte Emmanuelle Garralon, la fondatrice de Mes Vignes.

Pourquoi avoir misé sur Internet ? « C’était une évidence pour la commercialisation (cela nous a ouvert d’emblée un marché national) et pour l’interactivité qui permet de créer des liens de proximité au-delà des rencontres dans les domaines. » Pendant un an, Emmanuelle Garralon teste le concept, avec le soutien d’un ami vigneron en Roussillon qui fait office de « domaine pilote ».

Elle ouvre une page sur Internet, développe les relations presse pour se faire connaître. Bilan : un portefeuille d’une quarantaine de prospects. La société est créée en août 2006 : elle référence de nouveaux vignerons, package l’offre, affine les tarifs, lance le site Internet… En 2007 et 2008, l’activité décolle et en 2009, Mes Vignes décroche le Prix de l’Innovation en Midi-Pyrénées dans la catégorie « Innovation de marché ». De fait, l’entreprise lotoise a tout simplement créé son marché.

Restons dans le domaine viticole avec Arobois, à l’origine d’un service innovant : permettre aux viticulteurs qui conservent le fruit de leur vigne dans du ciment ou de l’inox de profiter des tanins du chêne, en y ajoutant des copeaux de bois torréfié. En 1997 pourtant, peu de personnes croyaient à cette innovation qui venait bousculer des pratiques ancestrales et qui a souvent été critiquée.

« Si aujourd’hui, Arobois vend ses produits dans les principaux pays viticoles du monde, c’est bien sûr en raison de sa technicité, mais également parce que l’entreprise a su bien cibler son marché au départ, estime Christopher Griffiths, le directeur d’Arobois. En l’occurrence, le marché des copeaux de bois a commencé par décoller dans les pays du nouveau monde, en Amérique, en Australie… qui souhaitaient améliorer ainsi la qualité de leurs vins. En un sens, nous avons contribué à la professionnalisation de cette filière. De la même manière, nous développons aujourd’hui des assemblages spécifiques pour des pays émergeants au niveau viticole, tels que l’Inde, le Maghreb ou la Chine. Nous déclinons également notre savoir faire sur d’autres niches de marché. Par exemple, nous travaillons en collaboration avec des brasseurs au développement de nouvelles bières boisées. »


Solev & Ubleam, partenaires innovants

C’est l’histoire d’une rencontre entre une entreprise lotoise au savoir-faire industriel d’excellence et une start-up toulousaine du monde digital. Reconnue mondialement pour ses décors à haute valeur ajoutée sur les flacons de parfum, Solev (filiale du groupe Pochet du Courval) a intégré dans ses packagings la technologie de logo intelligent d’Ubleam. Appliqué sur les flacons grâce à un processus de sublimation*, ce e-logo peut être scanné par le consommateur via son smartphone, qui accède ainsi à l’univers de la marque. De premiers produits ont été présentés lors du salon Luxe Pack Monaco 2013 afin de démontrer quelques unes des possibilités offertes en termes de relation client : accès à une présentation interactive du procédé de sublimation, présentation d’innovations comme l’effet visuel « day & night » qui se révèle à la lumière UV, mais aussi tout simplement commande d’échantillons.

* Sublimation : passage direct d'un corps de l'état solide à l'état gazeux, sans passer par une étape de fusion (de solide en liquide), ni une étape d'évaporation (de liquide en gaz).

 

TROUVER LE BON PRIX
Si l’on considère que l’on ne doit parler d’innovation que si les résultats commerciaux sont tangibles, fixer le prix de vente du nouveau produit ou service est déterminant. Sur ce point, reprenons l’exemple de VTTplusElec. Pour l’entreprise, l’impératif était double : il fallait que le prix de vente soit réaliste par rapport à la somme des investissements et des dépenses engagées (depuis la R&D jusqu’à la vente, en passant par l’industrialisation, la masse salariale, etc.), mais qu’il soit moins élevé que celui des concurrents (avérés ou potentiels). « Notre force, c’est qu’il est impossible de comparer nos prix à ceux d’une concurrence qui n’existe pas, explique Michel Pioch : on peut équiper un VTT sportif avec notre système électrique pour un poids total de moins de 14 kg, hors il n’existe pas encore de VTT électrique sportif d’un poids inférieur à 20 kg. Ainsi pour les VTT haut de gamme, nous n’avons pas de concurrents… ». L’une des plus grandes vertus de l’innovation est ainsi de permettre aux entreprises d’aller là où elles n’ont pas de concurrents directs !
L’INNOVATION APPELLE L’INNOVATION

Pour terminer cet itinéraire, il faut rappeler que l’innovation correspond avant tout à un état d’esprit : l’innovation appelle l’innovation. Concrètement, les entreprises citées sont amenées à préparer de nouvelles innovations, d’une part parce qu’elles connaissent déjà le parcours ; d’autre part parce que les nouveaux travaux leur permettent de développer de nouveaux arguments. Citons trois exemples dans ce domaine.

Le premier est celui de VPM Automation, qui est à l’origine de deux innovations technologiques majeures. D’une part, l’entreprise a participé à la conception d’une imprimante 3D « Laser Cladding », qui permet de réaliser ou réparer des pièces en métaux durs « qui ont les mêmes caractéristiques que les pièces forgées », affirme Vincent Pradalier, fondateur et dirigeant de l’entreprise. D’autre part, elle a conçu un système qui s’adapte à toutes les marques de machinesoutils et qui permet de réduire leur consommation d’énergie. « On le sait peu, mais les machinesoutils peuvent représenter jusqu’à 60% de la consommation électrique sur certains sites industriels », explique- t-il. Le système conçu par VPM Automation permettrait une économie d’environ 25%, notamment grâce au pilotage des équipements (mise en veille, travail en mode dégradé…). « Au-delà de ces caractéristiques, la véritable innovation est que ce système fonctionne sur toutes les machines-outils du marché, alors qu’on ne trouve actuellement que des équipements dédiés à une marque ».

LE VÉLO « UNE PIÈCE »
Ces deux innovations viennent renforcer l’image de l’entreprise dans le domaine des services. De la même manière, Hacoma a conçu une innovation dont il n’entend pas faire son coeur de métier, mais qui vient renforcer son aura de dynamisme. Il s’agit du BMX « monocoque » : tout le cadre, y compris la selle, est moulé en une seule fois, ce qui permet d’avoir un vélo tout juste au dessus des 8 kilogrammes. Est-ce que cela marche ? « En tout cas, notre BMX a fait le Championnat d’Auvergne et s’est toujours retrouvé en finale ! », se félicite Grégory Hache, qui conclut : « ce n’est pour l’instant qu’un produit prototype, on pourra parler d’innovation lorsque cela se vendra en nombre ! »
Quand innovation rime avec environnement

Lorsqu’en avril 2012, Joël Laverdet (gérant de la SARL Le Garrit Energie Environnement) inaugure sa station de méthanisation agricole à Mayrac, il fait figure de pionnier. C’est la première dans le Lot, la 3e en Midi-Pyrénées, la 30e en France. « Je suis à la fois éleveur de porcs et horticulteur et je cherchais à développer des synergies entre ces deux productions, raconte-t-il. En l’occurrence, la station de méthanisation me permet désormais de traiter les 4 000 tonnes de lisier issues de mon élevage et de l’ordre de 5 à 6 000 tonnes de déchets agroalimentaires. » Transformés en biogaz, ces déchets sont revalorisés sous forme d’électricité (revendue à EDF) et de chaleur utilisée pour le chauffage des serres et des porcheries de l’exploitation. « Ce projet est l’aboutissement de 12 ans d’études, de dossiers administratifs, de travaux…. Mais il m’a permis d’inscrire mon exploitation dans un cercle vertueux, au plan de l’environnement et en termes de modèle économique. Cette unité de méthanisation permet à la fois le retraitement de déchets, la production d’énergie renouvelable et d’un engrais organique pour l’amendement des terres agricoles de mon exploitation et de celles de mes voisins. »

Michel Pieron, pionnier de l’« incentive » dans la plomberie !

Le système permettait également aux petites entreprises d’y participer, moyennant le paiement d’une quote-part. Chaque année, nous organisions un dîner de gala en présence de personnalités du spectacle, où nos clients étaient invités avec des amis de leur choix. Nous proposions aussi des opérations promotionnelles dans nos dépôts et des animations thématiques conviviales. L’idée était de tisser des liens avec la clientèle, de fédérer une communauté. » Un pari réussi, puisqu’en 1997 lorsque Michel Pieron a vendu son entreprise, elle comptait 18 agences, employait 260 salariés et servait plusieurs milliers de plombiers en Midi-Pyrénées et Aquitaine.

Nous sommes au milieu des années 70. A la tête d’une entreprise cadurcienne spécialisée dans la vente d’équipements sanitaires et thermiques aux plombiers, Michel Pieron décide de récompenser ses meilleurs clients en leur offrant un tour du bassin méditerranéen en paquebot. L’initiative fait mouche ! Le chef d’entreprise imagine alors de pérenniser ce type d’événement et lance avec la complicité de Pierre Maisonneuve (fondateur de l’agence de communication Pili Pili à Cahors) une stratégie de marketing relationnel inédite dans le secteur de la plomberie, pour dynamiser son réseau de clients. « Des centaines de plombiers ont décollé pour la Chine, la Thaïlande, le Canada, l’Ile Maurice…, raconte-t-il. Le système permettait également aux petites entreprises d’y participer, moyennant le paiement d’une quote-part. Chaque année, nous organisions un dîner de gala en présence de personnalités du spectacle, où nos clients étaient invités avec des amis de leur choix. « Des centaines de plombiers ont décollé pour la Chine, la Thaïlande, le Canada, l’Ile Maurice…, raconte-t-il.
INNOVER PAR LA FORMATION
Troisième exemple : l’entreprise de transport Raynal et le programme de formation mis en place dans le domaine de l’écoconduite. Ses 50 conducteurs de cars ont été formés à la « conduite économique », dans le cadre du dispositif Cassiopée lancé par le réseau de transporteurs « Réunir ». Concrètement, ils ont suivi des cours dans un car spécialement aménagé, avec une salle de réunion et un simulateur. Quel est le gain pour l’entreprise ? « La consommation de carburant diminue, en moyenne de 3% à 6%, ce qui est très significatif pour une entreprise de transport », explique Gilbert Raynal, fondateur de la société. Cela étant dit, la motivation première pour une telle initiative ne doit pas être de diminuer immédiatement les coûts pour l’entreprise. C’est l’avis de Florence Raynal, fille du fondateur et qui prend progressivement les rênes de l’entreprise. « Ce travail de formation était l’un des engagements que nous avons pris en signant avec l’ADEME la Charte CO2, sachant que nous étions parmi les premiers à le faire en Midi- Pyrénées dans le domaine du transport de personnes. Le but n’était donc pas de faire des économies, mais d’améliorer la satisfaction des utilisateurs et des clients : la conduite économique et écologique, cela veut surtout dire qu’il y a moins d’accélérations et de freinages brusques, ou des pointes de vitesse moins élevées ; ce qui veut dire un meilleur confort de conduite et plus de sécurité. Avec cette innovation, le véritable gain est difficilement chiffrable, car il concerne l’image de l’entreprise, pour l’extérieur comme pour ceux qui y travaillent. »
Innovation : prenez le départ !


LA BONNE QUESTION À SE POSER :
Avez-vous écouté et observé votre environnement ? Si oui passez à l’étape 2 si non retravaillez l’idée.

IDÉE & FORMALISATION

Cette étape consiste notamment à valider la pertinence de l’idée. La peut vous aider à formaliser votre idée, organiser votre démarche et trouver les bons partenaires (financiers, protection de l’innovation etc.)

QUELQUES CONSEILS
- Pour être attractive, l’innovation doit avant tout apporter un gain aux utilisateurs (rapidité, robustesse, coût…).
- Formaliser clairement les avantages concurrentiels de l’innovation.

LA BONNE QUESTION À SE POSER :
Est-ce que votre produit ou service est reproductible ? Si oui passez à l’étape 3 si non, identifiez le facteur défailant et retravailler le prototype.


FAISABILITÉ & POTOTYPAGE
Dans cette étape, un des buts est de transformer l’idée en prototype.

QUELQUES CONSEILS
- Analyser la pertinence de l’innovation sous tous ses aspects : au-delà des aspects techniques, il faut prendre en compte les facteurs commerciaux, économiques, juridiques, sociaux, etc.
- Ne pas s’isoler : prendre l’avis d’experts ou de consultants spécialisés et envisager de nouveaux partenariats.

LA BONNE QUESTION À SE POSER :
Est-ce que votre produit est maitrisé du point de vue technique, économique et qualitatif ? Si oui, passez à l’étape 4 si non retravaillez votre processsus de réalisation.
DÉVELOPPEMENT & PRODUCTION
Les investissements sont de plus en plus importants à cette étape. Cela nécessite de mettre en oeuvre des moyens de production (matériels, compétences etc.) La peut vous aider à dimensionner et identifier les ressources nécessaires.
QUELQUES CONSEILS
- Soyez attentifs au dimensionnement de votre outil
- N’hésitez pas à aller chercher des techniques de production y compris dans d’autres filières
LA BONNE QUESTION À SE POSER :
Ma commercialisation est elle prête et adaptée au lancement de mon innovation ? Si oui le feu d’artifice peut commencer si non, retravaillez votre plan de communication.
QUELQUES CONSEILS
- N’oubliez pas de féliciter vos équipes
- Continuez à innover
Méthodes et outils pour manager l’innovation

Toutes les expériences montrent que l’innovation doit être encouragée et accompagnée par la direction générale de l’entreprise, faute de quoi, le passage de l’invention à l’innovation peut prendre des décennies.
Comme indiqué dans l’article d’introduction de ce dossier, l’innovation n’est pas l’invention. L’invention est une affaire de « créateur ». L’innovation c’est le processus par lequel une telle invention, si elle est opportune, va quitter l’atelier de son créateur pour se généraliser à toute l’entreprise. Le chemin qui mène de l’invention à l’innovation est souvent semé d’embûches. Il est donc important, pour le manager, de savoir détecter et favoriser les sources potentielles d’invention, mais aussi de repérer les « pièges ».
REPÉRER ET FAVORISER LES SOURCES DE L’INVENTION…
Après la phase d’émergence de l’idée, vient la phase d’expérimentation. Les salariés impliqués procèdent alors par « essais/erreurs » en reliant des procédures qui ne l’ont jamais été. Le risque d’erreur existe, mais il est inhérent à l’innovation. « Prendre des risques, c’est accroître ses chances de gagner, pour une personne comme pour une entreprise : pour cela il faut affronter la peur » (Joël de Rosnay, 2012).
FACILITER L’INNOVATION, C’EST FAIRE DIFFUSER L’INVENTION…

Parmi les principaux obstacles : la peur de l’équipe de voir ses habitudes ébranlées. Même lorsque l’idée est intéressante, cette peur collective de la nouveauté vaudra à son auteur le risque d’être rejeté de ses collègues. Ce risque est souvent dissuasif pour les innovateurs : personne ne veut subir ce type de menace, ni être l’objet de conflits.

La mesure la plus importante pour un manager qui voudrait gérer correctement l’innovation, est donc de créer un climat d’équipe où les conflits sont gérés pacifiquement.
L’initiative doit y être valorisée, et les erreurs qu’elle peut générer seront gérées sans culpabiliser le « fautif ». Une erreur doit être vue comme une idée qui n’a pas encore rencontré ce qui la rendra géniale.

Le manager doit donc, si nécessaire, savoir faire preuve d’autorité pour « protéger » l’auteur d’une invention de tout mouvement de rejet. Il doit aussi soigner l’accueil des « nouveaux venus », qui sont toujours vecteurs d’innovation. A cet égard, l’« injection » régulière de « nouveaux » dans une équipe est un facteur favorable à l’innovation. Ceci implique aussi pour le manager lui-même de laisser, temporairement, une part de déviance et de « désordre se développer » (Franchisteguy, 2001), ce qui n’est ni fréquent ni facile pour des « cadres ».

Une « gestion pacifique des conflits » prend ici toute son importance, car c’est elle qui permet aux « innovateurs » d’ « oeuvrer avec leur passion à la création d’une aventure collective ». (Enriquez, 2012).

Guide : la méthode TRIZ
L’une des méthodes les plus connues en France dans l’industrie est le Lean Management, largement popularisée par Toyota. Concrètement, elle concerne plus la production que le processus d’innovation. Dans ce domaine, la référence dans l’industrie reste TRIZ, acronyme d’une expression russe traduite par « résolution des problèmes inventifs ». Concrètement, cette méthode est fondée sur un algorithme décrit dès 1946 par le scientifique russe GenrichAltshuller et le principe est que les évolutions techniques sont régies par des lois mathématiques. Quand le « management de l’innovation » n’est pas bien mené, le délai entre l’invention et l’innovation peut durer des décennies, voire, des siècles : 274 ans pour l’autocuiseur ! La « cocotte minute » a en effet été inventée en 1679 mais ce n’est devenu une innovation qu’après son industrialisation et sa large diffusion, à partir de 1953, par la Société d’Emboutissage de Bourgogne, plus connue par l’acronyme SEB.
Deux outils incontournables pour le management de l’innovation

Deux guides accessibles sur Internet facilitent le management des projets d’innovation.
Le premier a été conçu par Oséo et est désormais disponible sur le site de Bpifrance :
http://www.bpifrance.fr/gmpi/oseo/pdf/methodologie.pdf

Le second a été créé par l’AFNOR (Association Française de NORmalisation) :
http://www.afnor.org/profils/centred- interet/innovation

Protéger vos innovations
Avant de vouloir protéger son innovation, il faut s'assurer que vous pouvez le faire. L’expérience montre qu’il est préférable de traiter ce sujet le plus tôt possible pour éviter de mauvaises surprises.


La propriété intellectuelle est l'ensemble des droits exclusifs accordés à l'auteur ou à l'ayant droit d'une oeuvre de l'esprit sur ses créations. Elle comporte deux branches :

1) La propriété littéraire et artistique, qui s'applique aux oeuvres de l'esprit, est composée notamment du droit d'auteur représenté le plus souvent par le copyright, symbolisé par © et utilisé entre autre pour les oeuvres littéraires et les logiciels. Il existe aussi les droits voisins utilisés notamment dans l’audiovisuel.

2) la propriété industrielle, qui regroupe elle-même, d'une part, les créations utilitaires, comme le brevet d'invention et le certificat d'obtention végétale et, d'autre part, les signes distinctifs, notamment la marque commerciale, le nom de domaine et l'appellation d'origine. Il faut savoir que les idées et concepts ne peuvent pas faire l’objet d’une protection en tant que tels, ce sont les réalisations qui sont protégeables sous certaines conditions de nouveauté, d’inventivité, et pour les brevets d’applicabilité. Dans la suite de l’article nous ne traiterons que la partie propriété industrielle.

ENREGISTRER LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE

Pourquoi protéger sa création ?
Pour récompenser l’effort des innovateurs en leur donnant des droits, qui leur permettent de diffuser leurs créations dans la société en les faisant fructifier, grâce à un monopole d'exploitation pour une période déterminée.

Comment protéger sa création ?
La protection d’une création passe par un dépôt auprès d’un organisme (INPI, OMPI) qui, en retour, vous autorise (si accepté) d’exploiter et de commercialiser votre innovation. Le secret est aussi une protection. En effet, pour des méthodes, formules de produits, etc. le secret est conseillé, mais il ne donne aucun droit, il faut donc bien le maîtriser.

PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE :
UNE ÉTAPE INCONTOURNABLE

Les sommes à investir peuvent sembler relativement peu élevées si on ne prend en compte que le coût des dépôts. En fait, il faut également prendre en compte le temps passé en veille. Au-delà des conseils de leur CCI, les entreprises peuvent bénéficier d’un pré-diagnostic auprès de l’INPI et consulter des spécialistes de ce sujet (voir le site de la Compagnie Nationale des Conseil en Propriété Intellectuelle : www.cncpi.fr). La CCI du Lot a signé une convention avec l'INPI. Tous les deux mois, une rencontre individuelle est organisée afin de répondre à toute question concernant la propriété industrielle (voir notre rubrique Agenda en page 30).

Voici les différents types de dépôts :
• L’enveloppe Soleau
est un moyen de dater les innovations techniques développées par l’entreprise, ce n’est pas une protection mais elle peut prouver que vous avez eu cette idée à un moment donné, ceci à une importance particulière notamment visà- vis d’un brevet.

C’est une procédure simple qui revient à 15€. C’est aussi le moyen, grâce au contrat de confidentialité, de trouver des partenaires (financiers industriels ou laboratoires…) pour vous aider à concrétiser votre création (tests, essais, prototypes…).



• Le brevet : il concerne les inventions techniques, c’est-àdire essentiellement des produits ou des procédés. En d’autres termes, tout ne peut pas faire l’objet d’un « brevet ». C’est notamment le cas pour les plans, pour les principes, pour les méthodes ou pour les logiciels. Ce qui est inscrit dans le brevet fait l’objet d’une publication publique par l’INPI, au plus tard 18 mois après le dépôt. C'est un titre de propriété exclusif, qui permet d'interdire à toute personne d'exploiter ce brevet sans autorisation. Le dépôt d’un brevet à l’INPI permet d’obtenir un monopole d’exploitation sur le territoire français pour 20 ans. Ce titre peut ensuite être étendu à l'Europe ou au niveau mondial, la stratégie commerciale de l'entreprise intervient à ce niveau. Le choix des pays est généralement fonction de ses activités commerciales. La rédaction du brevet est très importante. Elle commence par une présentation de l’état de l'art autour de votre invention, et se poursuit par une description de votre technique mettant en avant les nouveautés. Pour finir, ce sont les revendications qui permettent de juger de l'inventivité et de vos droits. Le recours à des conseillers spécialisés en Propriété Industrielle est recommandé, surtout si le brevet est vendu, ou loué (exploitation par un tiers).

• La marque : le dépôt d’une marque permet également d’obtenir un monopole d’exploitation sur le territoire français pour 10 ans. La marque est utilisée comme signe distinctif, qui apposée sur un produit ou accompagnant un service, permet de l’identifier et de le distinguer des produits ou services concurrents. Le dépôt est lié à des classes d'activité précises et la protection ne couvre que les classes d'activité choisies.

• Les dessins ou modèles : dans ce cas, il s’agit de protéger l’apparence du produit grâce à un dessin ou un modèle. Cette protection dure cinq ans et est renouvelable quatre fois. Vous pouvez obtenir les formulaires ad hoc sur le site de l'INPI :www.inpi.fr
Préparer le financement de l’innovation
L’innovation implique généralement des dépenses. La réussite d’un projet est largement conditionnée par l’estimation de ces dépenses et par le choix d’un mode de financement approprié. Cet article vous présente un panorama non exhaustif des principales possibilités en matière de financement de l'innovation.

Par définition, tout projet d’innovation implique de réaliser des études (de marché, de faisabilité…), de mener des tests, de mobiliser des salariés ou d’embaucher, de communiquer, etc. Ces dépenses sont prévisibles et doivent faire l’objet d’une estimation.

Une fois cette estimation établie, l’entreprise se trouve généralement face à trois possibilités :


- elle est capable d’autofinancer le projet,
- elle doit faire un emprunt,
- elle doit intégrer de nouveaux actionnaires et renforcer ses fonds propres.
C'est l'importance du besoin en financement qui détermine le choix du mode de financement et les trois possibilités peuvent se cumuler.
UNE DÉMARCHE STRUCTURANTE
Définir une stratégie de financement pour un projet d’innovation est une démarche structurante. Ce travail doit être fait même si l’entreprise a le sentiment de n’avoir besoin d’aucune intervention extérieure et qu’elle peut entièrement autofinancer l’innovation en question. En effet, l’expérience montre qu’un recours trop important à l’autofinancement fragilise la trésorerie et donc l’entreprise. Souvent, l'entreprise choisit l'autofinancement pour les pré-études, prototypes et essais, mais quand arrivent les phases de production et commercialisation, elle ne dispose plus des ressources suffisantes pour continuer son projet...


L’option de la dette doit donc être étudiée dans tous les cas. En France, dans plus de 4 cas sur 5, ce sont les banques qui prêtent aux entreprises. De manière schématique, on trouve deux types de dettes bancaires : d’une part, les dettes à court terme (moins de 3 ans), dont la principale vocation est de permettre à l’entreprise de faire face aux besoins courants ; d’autre part, les dettes à moyen ou long terme, notamment utilisées pour des investissements en matériels ou en biens immobiliers.

La troisième option est l’augmentation des fonds propres et elle est souvent liée à celle de la dette bancaire, pour une raison simple :
dans la plupart des cas, le refus d’octroi de crédit bancaire est motivé par une insuffisance de fonds propres. En l’occurrence, les fonds propres peuvent être augmentés par de nouveaux apports des actionnaires historiques ou par l’arrivée de nouveaux actionnaires.

Le choix du montage financier est déterminant dans le lancement des innovations. Il conduit l’entreprise à formaliser son projet. Ce n’est pas une surprise : les grandes entreprises sont structurées pour définir ces montages financiers. Par contre, les TPE et PME disposent rarement des ressources humaines adaptées en interne.

Elles ont donc besoin de conseils :
ils leur sont apportés par leur CCI, mais également par des partenaires comme les experts-comptables ou des organismes d’Etat.



LES AIDES EXISTENT, IL FAUT LES SOLLICITER
Les aides à l’innovation existent, elles sont variées et dépendent du projet et de son avancement (faisabilité, commercialisation). Pour commencer, l’exercice le plus basique consiste à structurer le projet. Pour chaque demande de financement, un dossier doit être constitué. En fonction du projet, il est possible de solliciter une subvention, une avance remboursable à taux 0%, ou un prêt bancaire. La Banque Publique d’Investissement et les Régions financent une grande partie les projets d'innovation (www.bpifrance.fr), ces projets peuvent être individuels ou collectifs (appel d'offre). Il existe aussi pour des Jeunes Entreprises Innovantes pratiquant de la Recherche et Développement (R&D) le statut JEI qui permet de défiscaliser une partie des efforts de R&D. Dans le domaine de la défiscalisation on trouve également le Crédit Impôt Recherche (CIR) ou du Crédit Impôt Innovation
(CII : www.redressement-productif.gouv.fr/instruction-fiscale- credit-impot-innovation).

En ce qui concerne le renforcement du capital de l’entreprise, il est également utile de consulter le site Internet de l’Association Française des Investisseurs pour la Croissance (AFIC : www.afic.asso.fr), qui propose un annuaire en ligne de ses membres. Dans certains cas enfin, il est possible de solliciter un prêt d'honneur (voir l’encadré sur Initiative Lot).

IMPORTANT : NE PAS RESTER ISOLÉ
En matière de financement, la pire des options consiste à s’arrêter au constat que cet ensemble de dispositifs est complexe et de rester isolé. En plus des conseils qu’elles apportent aux entreprises, les CCI ont créé un moteur de recherche concernant les aides que peuvent solliciter les entreprises
(http://les-aides.fr).

De plus, il faut rappeler que la Commission Européenne a lancé plusieurs programmes d’aide à l’innovation et qu’il est nécessaire de consulter son site Internet (http://ec.europa.eu).
Via la Banque Européenne d’Investissement, 250 000 PME ont été financées en 2013, pour un total de 21 milliards d’euros.

Une chose est certaine : les aides financières à l’innovation n’ont jamais été aussi élevées. En témoignent les sommes mobilisées par BPI France : 1 milliard d’euros pour 2014, soit 30% de plus qu’en 2013.

Europe : 79 milliards d’euros pour l’innovation entre 2014 et 2020
Dans les mois et les années qui viennent, l’une des initiatives les plus médiatiques dans le domaine du financement de l’innovation sera le plan européen baptisé « Horizon 2020 ». Si le nom n’est pas des plus originaux, l’importance des fonds réunis est quant à elle impressionnante : 79 milliards d’euros, en plus des sommes traditionnellement allouées à l’innovation sur le Vieux-Continent (par exemple, comme indiqué dans l’article principal, 21 milliards d’euros par la Banque Européenne d’Investissement en 2013).

Les informations concernant le programme Horizon 2020 sont regroupées sur le portail www.horizon2020.gouv.fr.

Concours et trophées : une manne non négligeable
Les trophées facilitent-ils l’innovation ? Ce n’est certainement pas la start-up lotoise WhyLot qui dira le contraire : elle a remporté début 2014 le Grand Prix de l’Innovation de Midi-Pyrénées, avec à la clé un chèque de 50 000 €.
Par ailleurs, les dotations peuvent être encore plus importantes au niveau national : le concours qui a été lancé par l’Etat français fin 2013 est pourvu de 300 millions d’euros et les lauréats reçoivent de 200 000 € à 20 millions d’euros (voir page 4).
Initiative Lot : un prêt d’honneur à 0 % et un service d’accompagnement
Pilotée par un réseau de chefs d’entreprises lotois, Initiative Lot accompagne les futurs entrepreneurs dans leurs projets de création, de reprise, de développement et d’innovation. Pour cela, l’association travaille dans deux directions. D’une part, elle attribue aux porteurs de projet des prêts à taux 0 % (sans garantie), destinés à conforter leur apport personnel et à créer un effet de levier sur les prêts bancaires. Les montant accordés sont compris dans une fourchette de 3 000 à 30 000 euros, et peuvent atteindre 80 000 pour les dossiers innovants.
Au-delà du volet financier, Initiative Lot accompagne les futurs entrepreneurs via le mentoring et la mise en réseau.
En 2012, l’association a accompagné 24 projets pour un montant global de 164 000 €, contribuant ainsi à la création ou au maintien de 49 emplois sur le territoire.

Pour être éligible à ce dispositif :
• l’activité doit relever d’une inscription au RCS (exceptées pour les activités Bar & Restaurant) ;
• l’entrepreneur doit justifier d’une qualification dans le métier ou d’une expérience dans l’activité ;
• l’entreprise doit avoir moins de 5 ans, dans le cas d’un prêt lié au développement, et moins de 3 ans pour prétendre à un prêt Initiative Innovation. Dans tous les cas, l’apport d’Initiative Lot est inférieur ou égal à celui du porteur de projet.

Contact : Philippe Mougenel - 05 65 20 35 18 - philippe.mougenel@lot.cci.fr

Les chiffres clés de l’innovation
Midi-Pyrénées arrive en 4e position en termes de demandes de brevet en 2012
Ile-de-France 4 796
Rhône-Alpes 2 196
Provence-Alpes-Côte d’Azur 670
Midi-Pyrénées 639

Source : INPI

600 000 €
En 2012, le soutien du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche aux structures d'aide au transfert de technologie à destination des entreprises, en particulier des très petites entreprises (TPE) et des PME, s'élève à 600 000 €. Ce soutien bénéficie aux huit Centres régionaux pour l'innovation et le transfert de technologie (Critt), aux cinq Plateformes technologiques (PFT ) et au Réseau de diffusion technologique porté par l'agence Midi-Pyrénées Innovation.

2,6% des brevets déposés en Midi-Pyrénées sont lotois
Haute-Garonne 483
Tarn 44
Gers 27
Hautes-Pyrénées 26
Tarn-et-Garonne 22
Lot 17
Aveyron 16
Ariège 4
Midi-Pyrénées 639

Source : INSEE 2012


Recherche et développement
dans les entreprises en 2010

(en équivalents temps plein, en millions d’euros)

  Midi-Pyrénées Midi-Pyrénées / France
Chercheurs 12 972 M€ 9,3 %
Autres personnels 4 938 M€ 5,4 %
Effectif total 17 910 M€ 7,8 %
Dépenses intérieures 2 862 M€ 10,4 %
Recherche et développement
dans les organismes publics
en 2010

(en équivalents temps plein, en millions d’euros)

  Midi-Pyrénées France
Chercheurs 6 701 M€ 97 339 M€
Ingénieurs, techniciens, administratifs (ITA) 3 493 M€ 60 380 M€
Effectif total 10 194 M€ 157 975 M€
Dépenses intérieures 1 010 M€ 15 700 M€

Innovation managériale : pas la plus coûteuse et pas la moins médiatique
Les entreprises les plus innovantes, notamment dans le domaine de l’organisation, se mettent en situation d’apprentissage permanent, tout comme les organismes vivants. Regroupées sous l’appellation « innovations managériales », ces initiatives sont souvent spectaculaires, comme le montrent les exemples ci-dessous.

Impulser un changement dans l’organisation de l’entreprise : voilà la vocation première de l’innovation managériale. Dans certains cas, ce changement est imposé de l’extérieur (par les contraintes du marché, par celles d’actionnaires ou encore d’une « maison mère »). Mais de plus en plus fréquemment, il s’agit d’une démarche volontaire : les entreprises les plus dynamiques sont celles qui anticipent, et n’attendent pas que le changement leur soit dicté. Comme chacun le sait, un nouveau modèle de management d’entreprise est apparu il y a quelques années, notamment sous l’impulsion des « start-up ». Pour cela, elles calquent leur fonctionnement sur celui d’un organisme vivant, c’est-à-dire en se renouvelant en permanence par l’innovation. Pour l’instant, les innovations managériales les plus médiatisées ont eu lieu à l’étranger, mais elles ont d’autant plus de valeur que toutes les entreprises citées ci-dessous sont en croissance.

UN BON RAPPORT INVESTISSEMENT/RETOMBÉES
L’une des grandes forces de l’innovation managériale est que sa mise en oeuvre est généralement moins coûteuse que les projets concernant les produits ou les services, mais que ses retombées, surtout médiatiques, peuvent être très importantes. En témoigne l’entreprise brésilienne SEMCO, qui emploie 3 000 personnes. L’innovation, c’est que 75% des salariés fixent euxmêmes leur salaire. Spécialisée dans la vente de biens d’équipement, la société est gagnante sur deux tableaux : d’une part, les salaires que se fixent eux-mêmes les salariés sont en moyenne inférieurs de 10% aux prévisions de la direction ; d’autre part, elle a eu grâce à cette innovation plus d’articles et de reportages que les plus grandes entreprises du pays.

Autre exemple : l’éditeur de logiciels Intuit, aux Etats-Unis, qui compte 2 000 collaborateurs. Il a créé la « Fête de l’Echec », pendant laquelle les salariés viennent présenter leurs échecs, qui sont considérés comme des « sources d’amélioration » pour l’entreprise. Là encore, le succès médiatique a été au rendez-vous. On peut également citer l’usine Fiat au Brésil, où les salariés affichent leur humeur en arrivant (vert, orange ou rouge). Si la couleur est rouge, le salarié doit être reçu par son responsable et par le service des ressources humaines (80% des salariés de l’usine « voient rouge » au moins une fois par an). En France, les « innovations managériales » restent plus rares que dans les pays anglo-saxons, mais elles se révèlent également très efficaces en termes de retombées médiatiques. L’exemple de l’entreprise montalbanaise Poult est de ce point de vue riche d’enseignements. En amont de ses actions dans le domaine de l’« open innovation » (voir l’article pages 22 et 23), l’entreprise a complètement modifié son organisation : non seulement elle a supprimé deux échelons dans la hiérarchie mais elle a « inversé la pyramide » (selon l’expression de Carlos Verkaeren, Président du groupe). De fait, l’organigramme a disparu. Dans ce cas également, le chiffre d’affaires de l’entreprise est en croissance sur un marché en baisse : celui des biscuits.



VERS DES ENTREPRISES « APPRENANTES »
L’assimilation de nouvelles compétences techniques n’est pas la seule façon pour l’entreprise d’apprendre : l’innovation managériale la conduit à devenir une « organisation apprenante ».
Pour elle, les évolutions ne sont pas subies : elles sont recherchées et valorisées. Les quelques exemples qui suivent permettent d’identifier l’engagement d’une entreprise dans l’innovation managériale.

• Elle s’implique fortement dans des projets locaux, « viables » et flexibles, qui peuvent être repensés à court terme en fonction de l’évolution du terrain.
• Sa structure organisationnelle est constamment en évolution, elle est peu pyramidale (voire horizontale) et aussi décloisonnée que possible entre les services.
• Le changement émerge en permanence parce que les dirigeants sont prêts à écouter les propositions de la base, à tolérer que des initiatives y soient prises.
• Sachant que les changements créent toujours des tensions dans une équipe, les managers valorisent et protègent les salariés qui prennent des initiatives.
• Ses dirigeants sont prêts à gérer l’abandon d’une partie de ce qui marche déjà bien, pour construire de nouvelles procédures, encore mieux adaptées.
• Elle considère que, comme tout organisme vivant, elle ne peut pas survivre seule : elle travaille donc le plus souvent possible en réseau, avec d’autres entreprises.

Le monde de l’entreprise fourmille d’innovations managériales, comme la détermination des objectifs commerciaux par les commerciaux, la nomination des chefs de service par les employés du service, les vidéos de présentation des salariés…
LE RETOUR DES VRAIS PATRONS
Toutes ces évolutions pourraient laisser penser que le rôle du « patron » de l’entreprise est amoindri : c’est au contraire que nous assistons. Cette situation d’évolutions permanentes exige en effet que l’entreprise soit dirigée par un véritable « patron ». Ce dernier sera charismatique pour défendre ses initiatives visà- vis de l’extérieur, et empathique en interne pour comprendre les résistances, convaincre le plus grand nombre. De fait, gérer une « entreprise apprenante » implique l’acceptation des incertitudes liées à l’innovation : il y a les errements, voire les erreurs qu’il faut être prêt à assumer ; il y a également cette période où ce qui était opérationnel a été démonté alors que ce qui est nouveau n’a pas eu le temps de faire ses preuves… Le « patron » doit savoir tolérer et gérer cet état d’incertitude.
Pour conclure, l’un des défis les plus importants pour lui concerne l’identité même de l’entreprise : en effet, à force de modifier l’organisation, on peut finir par en transformer la nature même.

Innover par la formation et les postes partagés
PME lotoise de plus de 50 salariés, l’entreprise de transport et de tourisme Raynal Voyages a innové de deux manières dans le management de l’entreprise. Tout d’abord via la formation : ses 50 conducteurs de cars ont suivi une formation à la conduite économique (voir la présentation en page 11). Par ailleurs, elle a étendu la création de postes « à temps partagé » pour tous types de fonctions. « C’est notamment le cas pour notre Responsable Qualité, qui intervient également dans d’autres filiales de l’entreprise, explique Florence Raynal. Dans ce cas, le but est de partager des méthodes et des processus, ce qui diffère des postes partagés qui existaient chez nous pour la conduite ou la comptabilité. » Elle a ainsi créé de nombreuses passerelles entre ses deux activités (le transport de personnes et l’organisation de voyages). « Ce sera encore plus perceptible à partir de l’été 2014, avec la liaison par car que nous allons créer entre Cahors et Saint-Cirq-Lapopie, et cela explique que les salariés souhaitent passer de l’une à l’autre, car c’est également une façon d’innover », conclut Florence Raynal.

Open Innovation : captez les idées de vos clients
Dans le schéma économique qui se met en place, les clients deviennent des inventeurs, qui alimentent avec leurs idées les « machines à innover » que sont devenues les marques.

75% des produits et services que nous achetons aujourd’hui n’existaient pas il y a 10 ans. Audelà de ce chiffre impressionnant, deux tendances fortes méritent d’être rappelées. La première, c’est l’accélération du phénomène : en 2005 en effet, la part des biens et des prestations qui n’existaient pas en 1995 était seulement de 60 % et si l’on remonte à 1975, la proportion n’était que de 5 %. Un autre chiffre saisissant a été rendu public ce début d’année 2014 par le groupe SEB : 60 % de son chiffre d’affaires est réalisé avec des produits qui n’existaient pas il y a trois ans.

Le rôle déterminant de l’innovation est également illustré par le parcours d’une entreprise lotoise, le groupe Cahors, dont les deux innovations phares de ces dernières années ont été le compteur électrique intelligent Linky et les bornes de recharge pour les voitures électriques. Ensemble, elles représenteront environ 40 % de son chiffre d’affaires dans 5 ans.

Ces exemples conduisent à un constat : les entreprises qui n’innovent pas se condamnent à disparaître.

LA MONTÉE EN PUISSANCE DE L’OPEN INNOVATION
Une deuxième tendance forte concerne l’open innovation : elle touche désormais l’ensemble des entreprises, quels que soient leur taille et leur secteur d’activité. Comment l’expliquer ?

Tout d’abord, par le changement de nature de l’innovation ouverte. Voilà quelques années encore, il s’agissait essentiellement d’une mise en commun de compétences et d’expertises dans le secteur industriel et qui prenait le plus souvent la forme d’une plateforme électronique. Dans cette démarche, les échanges se faisaient d’experts à experts.

L’open innovation a changé de nature lorsque les échanges se sont faits entre les entreprises et les consommateurs. En moins de 5 ans, ce changement a conduit les marques à engager un nouveau dialogue avec leurs clients, actuels ou potentiels. Le but est clair : alimenter le réservoir à « idées » avec les suggestions des clients, faire le tri parmi ces idées et assurer la transformation de ces idées en innovations.

La « client touch » est de plus en plus visible sur tout ce qui nous entoure : les carrosseries des voitures, la manière de réserver une place dans le train, le processus pour payer, la procédure pour communiquer avec son assureur après un accrochage, le design des chaussures de sport, l’emballage des produits agroalimentaires (bières, confiseries, yaourts…).

En résumé, les marques sont devenues des machines à innover dont le principal carburant est l’idée du client. Quant à savoir s’il vaudrait mieux parler de « cocréation » ou d’ « innovation participative » plutôt que d’open innovation, ce débat sémantique présente peu d’intérêt en comparaison des enjeux.

L’IMPLICATION DE LA GRANDE DISTRIBUTION MARQUE UN TOURNANT
La montée en puissance de l’open innovation s’est accélérée en 2013 avec l’arrivée sur ce processus de la grande distribution. Un exemple marquant : celui d’Auchan avec Quirky. Concrètement, l’enseigne demande à ses clients d’envoyer leurs idées sur une plateforme Internet dédiée (photos, croquis, résumés écrits…). Chaque mois, une commission se réunit pour faire le tri parmi plusieurs milliers d’idées. Les idées retenues suivent ensuite le circuit « traditionnel » : prototypage, test, fabrication en série et commercialisation. A ce jour, 379 idées de clients sont devenues des produits appelés à être vendus par l’enseigne. Pour chacun, le client-inventeur perçoit 30 % des bénéfices générés aussi longtemps que le produit est vendu dans les magasins Auchan.

Quel est le rapport entre un verre doseur servant également de balance de cuisine, un support pour que les gâteaux soient à l’horizontal sur la banquette arrière des voitures, un pot de fleurs permettant de changer de pot sans se salir les mains et une théière pour programmer mécaniquement le temps de son infusion ? Tous ces produits ont été imaginés par des clients d’Auchan et seront commercialisés dès ce printemps dans les magasins de l’enseigne.

LE CAS POULT
En 2007, la biscuiterie montalbanaise Poult était en mauvaise posture, au point que la disparition de l’entreprise était un scénario envisageable. Aujourd’hui, c’est le 2e biscuitier en France, où il emploie 800 personnes. Et alors que le marché du biscuit a baissé de 1 % dans l’Hexagone en 2013, la croissance de son chiffre d’affaires au niveau national a été de 13 % ! Que s’est-il passé ?

Certes, l’entreprise a changé de positionnement (vers le haut de gamme) et a changé ses processus d’achat et de fabrication, mais une grande partie de la réponse est liée à la stratégie d’innovation et plus précisément d’open-innovation mise en place voilà 8 ans. « Le principe est que les bonnes idées peuvent venir de l’extérieur de l’entreprise, explique Jérôme Introvigne, responsable de l’innovation chez Poult. Nous travaillons beaucoup, par exemple, avec les étudiants et les laboratoires publics de Midi-Pyrénées. Chaque année, avec l’université Paul Sabatier à Toulouse, nous organisons la Nuit Blanche de l’Innovation, durant laquelle les étudiants planchent sur ce que pourrait être le biscuit du futur. » Pour échanger sur les bonnes pratiques dans ce domaine, Poult s’est allié à l’association La Mêlée (www.lamelee.com) pour créer le « Club Open Innovation Toulouse », qui réunit des entreprises comme Airbus, ERDF, mais aussi la Clinique Pasteur ou Cargo.

Par ailleurs, une fois les bonnes idées sélectionnées, Poult met en place des partenariats avec des entreprises d’autres secteurs pour la suite du processus, comme par exemple avec Micronutris (insectes séchés) et MyFeelback (solution de relation client sur mobile) à Toulouse, ou avec Vegeplast (emballages biodégradables) dans les Hautes- Pyrénées. Ce fourmillement d’idées va conduire au lancement de biscuits étonnants, à propos desquels Poult veut rester très discret, mais on sait que l’entreprise travaille notamment sur des biscuits à la poudre d’insecte ou encore sur le biscuit « connecté » à Internet.

Enfin, puisqu’il est question d’innovation ouverte, il est logique que l’entreprise s’ouvre également à de nouveaux métiers. Elle le fait via un incubateur interne créé en 2013 et qui a déjà conduit à la création de plusieurs nouvelles activités, comme la société de services Melt In Lab (vente de séminaires de créativité dans l’industrie agroalimentaire), ou encore les « food trucks » Vis Ta Mine, qui vont commencer leur vente ambulante de légumes sur l’agglomération toulousaine à partir de ce printemps 2014.

Hôtel Le Centre à Gramat : bienvenue chez vous !
Un bel exemple d’innovation collaborative… Avant d’engager d’importants travaux de rénovation de son établissement, l’hôtel-restaurant Le Centre à Gramat, Georges Pimenta a décidé de donner la parole à ses clients. « Nous avons sollicité tous nos clients réguliers (essentiellement des professionnels) par mail ou lors de leur passage à l’hôtel. Nous leur avons fourni une feuille blanche pour qu’ils nous indiquent les éléments de confort qu’ils souhaiteraient trouver dans l’établissement à sa réouverture. Nous avons ainsi recueilli une mine informations pratiques, comme par exemple l’intérêt de disposer de plusieurs prises de courant sur le bureau et les tablettes de nuit, afin de pouvoir y recharger téléphone mobile ou ordinateur portable. » En l’occurrence, cette démarche inédite a été particulièrement appréciée puisque 100 % des sondés y ont répondu. Aujourd’hui, c’est un peu leur hôtel…


Quelques références utiles…
 
Guide du routard de l’intelligence économique
Ce guide est une introduction à l’intelligence économique, qui vise à favoriser, par des exemples concrets, sa mise en oeuvre au sein des TPE-PME. Décrivant le contexte de guerre économique dans lequel les PME doivent se battre pour protéger leur patrimoine et favoriser leur développement, il met en scène des situations concrètes et énonce des recommandations claires pour résoudre les difficultés menaçant leur existence au quotidien. Les entrepreneurs trouveront dans cet ouvrage les moyens de prévenir et de résoudre les conflits éventuels dus à la concurrence mondiale de plus en plus intense, qui caractérise notre époque. Par ailleurs, toutes les institutions sur lesquelles il est possible de s'appuyer pour mettre en oeuvre une démarche d’intelligence économique sont recensées dans ce guide. Le lecteur pourra aussi accéder à des documents de référence.
Osez l’innovation ! Guide pratique pour les activités de services
L’innovation est généralement associée à la recherche en laboratoire ou à l’activité des départements de Recherche & Développement des grands groupes industriels. Pourtant, il existe d’autres formes d’innovations – non nécessairement technologiques – et qui concernent tout autant les activités de service. Le guide « Osez l’innovation ! » s’adresse aux dirigeants de PME de services, qui pensent que l’innovation est un levier pour conquérir de nouveaux marchés, mobiliser leurs salariés, exporter, s’adapter aux évolutions de la concurrence et des comportements des clients, mais qui n’ont pas encore sauté le pas, ou qui veulent consolider leur démarche d’innovation. Ce guide leur fournit les outils et méthodes pour se projeter dans une démarche dynamique et concrète d’innovation et partage l’expérience de vingt dirigeants d’entreprises innovantes qui, par leur histoire, seront peut-être une source d’inspiration.

En téléchargement sur :
http://www.dgcis.gouv.fr/files/files/guides/osez-l-innovation.pdf

Le fil de l’innovation
Retrouvez tous les 15 jours « le Fil de l'innovation, e-letter de Midi- Pyrénées Innovation », un concentré de l'actualité de l’innovation autour de six rubriques :
• décryptage d’un dossier de fond sur un sujet innovant ;
• rencontres avec des acteurs de l’innovation sous la forme de témoignages d'entrepreneurs, de points de vue de personnalités ou d'interviews d’acteurs du transfert des technologies ;
• agenda ;
• brèves ;
• veille (lien vers un dossier, une étude ou un article intéressant paru sur la Toile ou téléchargeable sur le site Internet de MPI) ;
• appels à projets.

Disponible sur :
http://www.mp-i.fr/le-fil-de-l-innovation/
Guide méthodologique de management de projet innovant
Ce guide propose une approche pragmatique du management de projet innovant, dont l’objectif est d’accompagner le dirigeant de l’entreprise. Doublé d’une méthode pratique, interactive et animée (http://www.bpifrance.fr/gmpi/bpifrance/), l’approche est découpée en cinq phases en fonction de l’avancement du projet (faisabilité, développement et lancement) : l’ingénierie commerciale et marketing, l’ingénierie technique, l’ingénierie juridique, l’ingénierie financière, le management et l’organisation.

En téléchargement sur :
http://www.bpifrance.fr/gmpi/bpifrance/pdf/methodologie.pdf
Guide des bonnes pratiques de créativité en entreprise
Traditionnellement, la créativité était associée à la culture et aux arts. Cependant, on considère aujourd’hui la créativité comme un élément primordial pour le développement de l'avantage compétitif des entreprises. Ce guide a pour objectif de recueillir des cas de bonnes pratiques espagnols, français et portugais notamment. Ces pratiques ont en commun la promotion et le développement de la créativité en entreprise, autant pour la création d'entreprises nouvelles que pour l'innovation dans celles qui sont déjà en activité.

En téléchargement sur :
http://innoverenmidipyrenees.com/boite-a-outils/methodologie-pour-innover/ guide-des-bonnes-pratiques-de-creativite-en-entreprise/