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Entreprendre CCI du Lot n°154
DOSSIER EMPLOI FORMATION
Comment le Lot est passé du dur labeur au recrutement difficile
200 ans, c’est beaucoup et c’est peu au regard des évolutions de l’emploi dans le Lot : même si les activités agricoles sont passées de plus de 90% de la population active lotoise à moins de 9%, le département conserve une proportion d’actifs dans l’agriculture trois fois plus élevée que la moyenne française et est devenu un des champions nationaux de l’emploi… dans l’industrie. Résumé.
Au milieu du 19e siècle, les activités rurales regroupent encore 90% de la population lotoise. Les bourgs sont bien plus peuplés qu’aujourd’hui : par exemple, Saint-Cirq-Lapopie compte 1 283 habitants en 1830 contre 217 aujourd’hui, Castelnau- Montratier 4 053 contre 1837 et Creysse 1 448 contre 296. A l’inverse, Cahors (12 413 habitants) et Figeac (6 306) le sont en proportion moins que de nos jours. Ainsi, le Lot affiche à cette époque une occupation du sol totalement différente. Avant d’aboutir à la situation actuelle, plusieurs phases de mutations des emplois et de migrations des populations vont se succéder et modeler le territoire.
ABANDONNER L’ARTISANAT POUR L’AGRICULTURE
Au fil des décennies, durant la deuxième moitié du 19e siècle, l’envie de s’élever socialement se répand : « On a voulu devenir propriétaire, et dès qu’on l’a pu, on a presque abandonné les travaux industriels (aujourd’hui nommés artisanat, NDLR - note de la rédaction). Toujours sous la plume de J.-A. Delpon, dans son ouvrage Statistique du Département du Lot, publié en 1831, on note que nombreux sont ceux qui « abandonnent leur métier pour exploiter leurs propriétés ». Ainsi, la main-d’oeuvre agricole est nombreuse (voir l’encadré ci-contre), dure au travail et, malgré la rusticité de ses moyens, elle couvre largement les besoins. A l’époque, mieux vaut être agriculteur qu’artisan. chambre
Répartition des individus
par « classe »1 en 1827
Population de 15 ans ou plus selon
la catégorie socioprofessionnelle,
en 2009 (INSEE)
Agriculteurs vivant de leurs propriétés immobilières en les travaillant 166 573 Agriculteurs exploitants 4578


Propriétaires vivant uniquement de leurs revenus territoriaux 2 880 Artisans, commerçants, chefs d’entreprise 7 125


Individus vivant de leurs revenus territoriaux et y ajoutant un traitement, une profession ou une industrie quelconque. 11 970 Cadres et professions intellectuelles supérieures 7 755


Individus vivant principalement de leur industrie ou de leur traitement 7320 Professions intermédiaires 16 058


Individus vivant principalement des arts mécaniques (art et artisans) 8 885 Employés 21 274


Individus ne vivant que du travail de leurs mains 6 390 Ouvriers 17689


Individus qui ajoutent à leurs salaires quelques revenus territoriaux 62 007 Retraités 54 431


TOTAL 266 025 Autres personnes sans activité professionnelle 18 456
1 : « Statistique du Lot », J.A. Delpon, 1831

  TOTAL 147 366
 

Nous avons rapproché les deux éléments statistiques les plus comparables. Malgré des discordances évidentes entre deux recensements effectués à 180 ans d’intervalle, nous pouvons néanmoins en tirer quelques enseignements intéressants :
• Au 19e siècle, les classifications privilégient la source des revenus tandis qu’aujourd’hui c’est la profession qui sert d’unique référence.
• En 1827, les rentiers purs représentent 1% de la population ; la part des propriétaires qui travaillent de manière volontaire pour compléter leurs revenus représente 4,5% de la population ; et enfin les « petits » propriétaires, obligés de travailler pour assurer un revenu correct, correspondent à 23% du total.
• En 1827, les autres sources de revenus proviennent de l’exploitation d’une industrie ou d’un commerce (2,7%), d’un savoir-faire artisanal (3,3%) ou d’un travail quelconque d’employés ou d’ouvriers (2,4%).
• L’immense majorité de la population (62%) exerce en 1827 la profession d’« agriculteur-exploitant ».

De fait, en dehors de l’agriculture, peu d’activités peuvent offrir un emploi aux Lotois. J.A. Delpon le traduit ainsi : « Il est peu de contrées où l’industrie et le commerce soient aussi négligés que dans le département du Lot. (…) Ces deux grands moyens de richesses, loin d’y faire quelques progrès, y sont sous quelques rapports dans un état de décadence qui va toujours croissant ». Les principales formes d’industrie de l’époque sont liées aux maigres richesses minières du Lot (houille, fer, phosphates, plomb, argent…). Mais, les conditions de travail restent miséreuses et archaïques pour le mineur, comme le relate le même auteur : « là où la montagne laisse apercevoir quelques traces de houille, on fait une ouverture horizontale qui a tout au plus six décimètres de haut et autant de large.

Un homme s’avance, le dos courbé dans cette espèce de tranchée et commence d’extraire la houille ; on sent combien sa position doit être gênante, car il est obligé de se coucher sur le flanc et ce n’est qu’en frappant la houille horizontalement qu’il parvient à la détacher. Il la place dans une petite brouette qu’il a à ses côtés ; lorsque la brouette est remplie, il la traîne après lui par le moyen d’une corde qu’il s’attache au cou, et la conduit à l’extérieur en rampant appuyé sur les mains et sur les genoux (…). On conçoit difficilement que l’on puisse trouver des hommes qui s’exposent à tant de dangers et se soumettent à une vie si pénible, pour gagner un franc par jour, en se nourrissant à leurs frais. »

chambre
Depuis le début du 19e siècle, l’artisanat est l’objet d’une histoire mouvementée : à l’instar de la profession de tailleur, de nombreux métiers disparaissent progressivement.
D’ABORD L’ARTISANAT, PUIS L’AGRICULTURE, PUIS L’INDUSTRIE, OU LES TROIS À LA FOIS…

Une partie de ces exploitations minières génère une activité de transformation nécessitant de la main d’oeuvre ouvrière : les fours à chaux, les poteries (le site d’Uzechles- Oules possède une quinzaine de fours et emploie 60 personnes au plus fort du 19e siècle), les tuileries et briqueteries (notamment la grande tuilerie de Reyrevignes qui emploie près de 75 personnes au début du 20e siècle, les verreries (dont celle de Douelle qui fabrique au début du 19e siècle le célèbre Verre d’Angleterre, puis celle de Cahors qui emploie 45 ouvriers dont 4 maîtres souffleurs en 1850) ou encore les forges (12 personnes à Péchaurié, 15 aux Arques).

D’autres industries manufacturières parsèment à cette époque le paysage lotois et offrent un emploi aux populations : les fonderies (la fonderie de Bourzolles emploie jusqu’à 100 personnes, les dernières disparaissent peu après 1945), l’industrie textile (seules 5 filatures subsistent en 1949, dont la plus importante à Saint-Martin-le- Redon, qui salarie 13 personnes), le travail du cuir (175 petits ateliers occupent près de 200 ouvriers en 1780 dans le secteur de Figeac ; en 1895 on recense une dizaine d’unités employant environ 50 ouvriers vers Saint-Céré et Souillac, et le dernier atelier lotois ferme ses portes dans les années 1950 à Figeac), l’imprimerie (à Cahors , la première trace d’un atelier d’imprimeur remonte à 1472, soit à peine 30 ans après l’invention de Gutemberg ; quant à l’imprimerie France Quercy, fondée vers 1850 sous la dénomination Imprimerie Laytou, elle emploie jusqu’à 150 personnes pendant l’entre-deux-guerres).
L’EXODE RURAL MODIFIE LES STRUCTURES SOCIALES DU LOT
En 1851, la population lotoise s’élève à 296 000 habitants. Elle va alors fortement chuter pour se réduire de moitié en l’espace de 70 ans. En cause, l’exode rural et ses divers facteurs combinés : des agriculteurs à la recherche de meilleures conditions de vie, une industrie lotoise archaïque – comme dans beaucoup d’autres campagnes françaises – qui se développe trop peu rapidement faute de capitaux et qui offre donc trop peu d’emplois à une jeunesse désireuse de quitter le monde de la terre. De plus, l’éveil économique national, la montée en puissance de la grande industrie, le lancement des grands travaux, l’urbanisation des villes importantes, et en particulier de Paris, constituent un appel de main-d’oeuvre qui « vide » les campagnes françaises.
L’ARTISANAT ET LE COMMERCE, DEUX LIENS SOCIAUX PUISSANTS
De tout temps, même s’ils occupaient peu de personnes, le commerce et l’artisanat ont joué un important rôle dans la vie locale. Jusqu’au milieu du 20e siècle, les « On conçoit difficilement que l’on puisse trouver des hommes qui s’exposent à tant de dangers et se soumettent à une vie si pénible, pour gagner un franc par jour, en se nourrissant à leurs frais », notait à propos des mineurs lotois J.-A. Delpon dans son ouvrage Statistique du Département du Lot, publié en 1831. DOSSIER EMPLOI FORMATION Depuis le début du 19e siècle, l’artisanat est l’objet d’une histoire mouvementée : à l’instar de la profession de tailleur, de nombreux métiers disparaissent progressivement. www. l o t . c c i . f r 7 Aider les jeunes de notre territoire à se construire un avenir prometteur La formation est un enjeu majeur dans un contexte où tout évolue très vite : l’économie, les frontières, les législations, les technologies, les organisations, les méthodes de management, etc. Pour accompagner ces mutations constantes, il faut avoir les bonnes cartes en main, et notamment proposer les compétences recherchées par les entreprises. Si l’ensemble des élus, ainsi que tous les techniciens de la CCI, ont très fortement initié et soutenu le développement de cette offre de formation, c’est parce qu’ils sont convaincus qu’elle constitue une source de nouvelles performances pour les entreprises. Formations de demandeurs d’emploi, formations en alternance, accueil des 35 étudiants de deuxième année du Bachelor Commercialisation du Vin de l’ESC Toulouse, mise en place d’un partenariat avec l’Université Paul Sabatier pour l’ouverture d’une École d’Audioprothésistes dans le Lot, développement du centre d’étude des langues (+ 35% par rapport à 2012) : ces investissements et ces réalisations sont enrichis par nos actions dans le domaine de la formation professionnelle continue (dont la création de parcours flexibles et personnalisés en « blended e-learning »). L’orientation active, la valorisation des filières d’avenir, le développement de l’apprentissage... Voici autant de perspectives à prolonger, avec toutes les bonnes volontés et tous les talents. Tel est l’engagement que nous prenons, pour aider les jeunes de notre territoire à se construire un avenir prometteur. DAVID EXPOSITO, Président de la Commission Emploi Formation de la CCI du Lot foires sont les principaux lieux du commerce des grains et des bestiaux. Les aménagements routiers vont en favoriser certaines, concentrer les emplois et dépeupler d’autres territoires. Depuis le début du 19e siècle, l’artisanat est l’objet d’une histoire mouvementée : de nombreux métiers disparaissent progressivement et les services (vente, pose, maintenance…) prennent le pas sur la production : les vocations des jeunes se raréfient, mais l’emploi local va connaître une renaissance au début du 20e siècle.En effet, le développement industriel de la France et la construction des grands réseaux de communication vont permettre à quelques entreprises lotoises de conquérir des marchés importants et, ainsi, d’offrir d’avantage d’emplois aux habitants du Lot : la construction aéronautique devient une véritable industrie (250 salariés chez Ratier-Figeac en 1948), l’électrification des bâtiments et des voies se généralise (150 employés chez Virebent, alors spécialisé dans les isolants électriques en porcelaine), le développement de l’habitat urbain offre de nouvelles perspectives dans l’industrie de l’ameublement (250 salariés en 1948 chez deux fabricants cadurciens de poignées de portes ; 192 salariés chez la MAEC) et, enfin, le déploiement des chemins de fer permet au plus grand atelier- magasin de France de la SNCF, alors situé à Biars-Bretenoux, d’occuper plus de 100 salariés sur 25 hectares pour stocker et régénérer des bois sous rail.
UN DÉBUT DE « REPEUPLEMENT »
Un repeuplement progressif s’amorce à compter de 1962. Le solde migratoire s’inverse et redevient positif, provoqué par le retour au pays des anciens « émigrés » et l’arrivée de nouveaux venus, attirés par certaines activités ou – déjà – par une indéniable qualité de vie.
La condition ouvrière au 18e siècle
chambre
En 1700 est créée une manufacture d’étoffes pour valoriser les laines du Quercy. Le règlement intérieur, arrêté par l’assemblée des actionnaires, témoigne de la misère ouvrière à l’époque du capitalisme naissant : « le travail effectif était de 12 heures pour lequel les ouvriers recevaient un salaire journalier de huit à vingt sous et les femmes cinq à six sous. Ouvriers et ouvrières étaient passibles de nombreuses amendes (…). Si lors de la remise de l’ouvrage, celui-ci était jugé mal fait, il n’était payé que la moitié du prix fixé. L’éclairage des ateliers, à la chandelle, était retenu sur le salaire des ouvriers. » Extrait de « Journal des voyages de J.F. Richeprey », par H. Guihamon, 1952.
Les 1 058 de 1905
En 1905, la préfecture établi le recensement des artisans et de leurs salariés exerçant dans l’arrondissement de Cahors. On dénombre ainsi, notamment, 189 maçons employant 186 ouvriers au total, 177 couturières avec 156 ouvrières, 168 forgerons avec 45 ouvriers, 160 cordonniers avec 46 ouvriers, 132 menuisiers avec 31 ouvriers, 116 tailleurs avec 57 ouvriers, 116 charpentiers avec 51 ouvriers, etc. Cela fait 1 058 employeurs employant 572 salariés.

Actuellement, avec 173 562 habitants, le Lot s’inscrit toujours sur une courbe démographique ascendante et affiche un gain de 15% d’habitants ces 40 dernières années. Comme le détaille l’article de la page suivante, les emplois agricoles sont devenus minoritaires, supplantés par l’industrie, les services et le commerce.