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Entreprendre CCI du Lot n°148
2010: Ouverture de l'aÉroport de Brive/Souillac
L’aéroport de Brive-Souillac devrait être inauguré fin 2010, après 5 ans de travaux, pour un coût global inférieur à 50 millions d’euros. Dès 2014, son impact économique annuel pourrait dépasser 60 millions d’euros et la plateforme générera selon les prévisions 1 300 emplois au cours de la prochaine décennie. Présentation.
Dès 1983, les responsables de l’aéroport de Brive se sont mis en quête d’un nouveau site, répondant aux nouvelles normes de sécurité de l’aviation civile. C’est plus d’un quart de siècle plus tard, en 2010, que l’aéroport de Brive-Souillac sera enfin inauguré. Selon les prévisions des porteurs du projet, cette nouvelle plateforme rayonnera sur trois départements (sud de la Corrèze, nord du Lot et est de la Dordogne) et concernera les régions Limousin, Midi-Pyrénées et Aquitaine. Si l’aéroport débutera son activité avec la ligne Paris-Brive, avec une garantie de service public, l’objectif est d’accueillir rapidement des compagnies low cost, puis d’ouvrir une ligne vers un grand aéroport régional, comme Lyon ou Nice. Selon ces projections, le trafic devrait être multiplié par 10 d’ici 2019, passant de 25 000 à 250 000 passagers. L’inauguration de cette nouvelle infrastructure représente une nouvelle opportunité de développement pour l’économie du nord du Lot, et notamment pour le secteur du tourisme. Si l’on considère la zone d’influence du nouvel aéroport, la partie lotoise représente en effet plus de 30 ‰ du potentiel touristique. Un investissement de près de 50 millions d’euros. Au total, la création de cet aéroport aura représenté un investissement de près de 50 millions d’euros, essentiellement pris en charge par la Communauté d’Agglomération de Brive, le département de la Corrèze et la région Limousin. Le calendrier table aujourd’hui sur une inauguration à la fin de l’année prochaine, sachant que les travaux ont réellement débuté en 2005. Dans une hypothèse basse, l’impact économique de cet aéroport serait supérieur à 60 millions d’euros dès la 5e année d’exploitation, c'est-à-dire en 2014. Sur cette somme, le chiffre d’affaires généré par la plateforme elle-même ne représentera que 2,4 millions d’euros, soit 4 ‰, le reste étant lié aux dépenses des visiteurs sur place (16,7 millions d’euros) et aux recettes induites, comme les produits des impôts ou les revenus fonciers (42 millions d’euros). De fait, il apparaît que les aéroports régionaux ne sont plus jugés uniquement sur leur bilan de fonctionnement (généralement déficitaire), mais sur leur capacité à générer des activités sur le territoire. En l’occurrence, l’aéroport de Brive-Souillac devrait générer la création de 1 300 équivalents temps plein dans le nord du Lot et dans le sud de la Corrèze au cours de la prochaine décennie.
DÉcollage imminent


La construction d’un nouvel aéroport est l’un des projets les plus lourds et les plus complexes pour les collectivités et les organismes concernés. La réalisation de l’aéroport de Brive-Souillac qui sera inauguré fin 2010, aura ainsi demandé 22 ans d’efforts. Rappel des principales étapes et des retombées économiques attendues.
Le verdict est tombé en 1983 : l’aéroport de Brive Laroche n’allait pas pouvoir être adapté aux nouvelles normes de sécurité et il devenait évident pour ses responsables qu’ils devaient se mettre en quête d’un nouveau site. Depuis cette date, c'est-à-dire pendant plus de 25 ans, la plateforme et la ligne Brive-Paris n’ont pu fonctionner que grâce au renouvellement continu de dérogations provisoires. Contrairement à une idée reçue, un tel délai n’est pourtant pas anormal pour faire sortir de terre un nouvel aéroport. Dans un premier temps, qui a duré 5 ans, il a fallu trouver un nouveau site pour accueillir la future infrastructure. En l’occurrence, la meilleure solution proposée fut lotoise : le site pourrait être accueilli sur les communes de Cressensac et de Nespouls, près de Souillac. Fin 1988, les maires de Brive et de Souillac participent donc à la création du Syndicat Mixte pour la Création et l’aménagement de l’aérodrome de Brive-Souillac. Cette première étape prend fin en 1992, lorsque le projet est déclaré d’utilité publique par un arrêté inter préfectoral. Près de 10 ans se sont déjà écoulés depuis le constat concernant la nécessité de créer un nouvel aéroport.
Un montage financier complexe
En 1993, l’Etat confirme la création de l’aéroport dans un arrêté signé par le Ministre du Budget de l’époque qui était, en l’occurrence, Martin Malvy. Le dossier devient alors un enjeu très politique et n’évolue que très lentement. La déclaration d’utilité publique doit être renouvelée une première fois en 1997. Ce n’est en effet qu’en 1998 que sont élaborés les premiers « avant projets » de plan de masse, de plan de composition générale et de plan d’exposition au bruit. C’est sur la base de ces études préalables que le montage financier du chantier de l’aéroport peut débuter. De fait, de 1993 à 1999, le dossier aura été quasiment bloqué. La troisième étape portait sur le montage financier proprement dit, qui ne sera finalisé qu’en 2003. Au-delà des actionnaires du syndicat mixte, le projet reçoit les soutiens financiers du Conseil Régional du Limousin, du Conseil Régional de Midi-Pyrénées et de l’Union Européenne. L’enveloppe globale est estimée à 46 millions en 2005 et sera réactualisée à 48,7 millions en 2009, du fait, entre autres, des révisions de prix.
Travaux : la dernière ligne droite
Comme le montre ce tableau d’avancement du projet, on peut considérer que l’étape des travaux est finalement la plus rapide, et probablement la plus simple à gérer. Concrètement, les travaux ont débuté en octobre 2005 et seront terminés d’ici la fin de 2010. L’aéroport de Brive-Souillac sera doté d’une piste de 2 100 x 45 mètres, ce qui lui permettra d’accueillir des appareils moyen courrier. Parallèlement, le syndicat mixte a commandé en 2006 une étude sur l’impact économique de l’aéroport et sur ses retombées à 10 ans. Réalisée par l’Observatoire SIRIUS, filiale de la CCI de Nice Côte d’Azur (qui gère le 2e aéroport français après Paris, avec près de 10 millions de passagers par an), cette analyse prospective fait apparaître que le principal bénéficiaire de l’aéroport au niveau touristique pourrait bien être le département de la Dordogne qui, paradoxalement, ne contribue financièrement au projet qu’au travers de la ville de Terrasson : sur les 9 sites touristiques accueillant plus de 100 000 visiteurs par an compris dans le périmètre d’influence du nouvel aéroport, 6 sont situés dans l’est de la Dordogne (Lascaux II, châteaux de Castelnaud, de Beynac et de Marqueyssac, village du Bournat et La Roque Saint Christophe ; tandis que le nord du Lot ne revendique que 3 sites de cette envergure (le Gouffre de Padirac, la Forêt des Singes et le Rocher des Aigles) et la Corrèze aucun.
Près de 1 300 équivalents temps plein
Deux scénarios ont été présentés dans cette étude d’impact, mais l’évolution du contexte économique impose de se concentrer sur la plus modeste. Concrètement, le trafic de l’aéroport devrait selon cette projection passer de 23 000 passagers annuels (ce que génère actuellement la ligne Brive-Paris) à près de 250 000 dix ans après l’ouverture. Cet objectif ne peut être atteint que grâce au développement rapide de lignes low cost, qui sont censées représenter rapidement plus des trois quarts du trafic. Si ces quotas sont atteints, l’aéroport de Brive-Souillac pourrait représenter un impact économique de 61 millions d’euros en 2014 et générer la création de près de 1 300 équivalents temps plein d’ici la fin de la prochaine décennie.
Jean-Louis Nesti, Président du Syndicat Mixte de l’aéroport Brive-Souillac et Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Pays de Brive : « Un aéroport est un puissant levier de développement économique »
Quelle sera la zone d’influence de l’aéroport de Brive-Souillac ? Quelles seront les retombées économiques pour les départements de la Corrèze, de la Dordogne et du Lot ? Pourquoi la réalisation du projet a demandé plus de deux décennies ? Les réponses de Jean-Louis Nesti, Président du Syndicat Mixte de l’aéroport.
L’aéroport de Brive-Souillac est-il une infrastructure dédiée au Limousin ?
Jean-Louis Nesti : L’économie n’a pas de frontières. C’est vrai au niveau international et ça l’est donc davantage encore à l’intérieur d’un pays. Ce nouvel aéroport sera situé à l’intersection de trois régions – Limousin, Midi-Pyrénées et Aquitaine – et il aura logiquement une vocation interrégionale. Parler d’une plateforme purement limousine serait une aberration économique. Par ailleurs, il faut rappeler que le projet a obtenu le soutien de l’Union Européenne et que notre but est de créer des lignes internationales.
Quand l’aéroport sera-t-il terminé et combien aura-t-il coûté au total ?
Jean-Louis Nesti : L’aéroport sera ouvert en juin 2010 et l’investissement total se montera à environ 49 millions d’euros. Le coût global sera dans tous les cas inférieur à 50 millions d’euros car, sinon, nous risquerions de perdre les aides européennes.
Comment expliquer que ce projet initié dans les années 80 ne se soit concrétisé que plusieurs décennies plus tard ?
Jean-Louis Nesti : Il se sera effectivement passé 22 ans entre la naissance du projet en 1988 et l’inauguration de la plateforme l’an prochain, mais ce délai n’a rien d’anormal pour faire sortir un aéroport de terre. Comme souvent dans ce type de situation, le dossier est longtemps resté un enjeu politique, ce qui a ralenti la mise en oeuvre du chantier. Dans ce contexte, il n’est pas anodin que le dossier ait été confié à une chambre de commerce et d’industrie, dont le seul parti est le développement économique des entreprises du territoire. En l’occurrence, les rôles de chacun se sont clarifiés : nous structurons le dossier et faisons des propositions ; les élus tranchent et prennent les décisions. Ce qui est désormais clair pour tous, c’est que les enjeux économiques transcendent les alternances politiques.
Comment ce dossier est-il structuré ?
Jean-Louis Nesti : Nous considérons aujourd’hui 3 grands volets : la fin de la construction, la préparation de l’exploitation et le développement économique. Mais même si l’aéroport est géré au travers d’une régie, il est essentiel que les territoires conservent la haute main sur le volet « développement économique ». Il ne faut, en effet, pas limiter l’analyse aux coûts de fonctionnement de la plateforme : il faut prendre en compte les retombées économiques pour les trois départements directement concernés, c'est-àdire la Corrèze, le Lot et la Dordogne.
Quels sont les différents scénarios que vous avez étudiés ?
Jean-Louis Nesti : Nous avons travaillé sur deux principaux scénarios. Le premier table sur l’ouverture de la ligne subventionnée entre Brive et Paris en 2010, ce qui est acquis. En parallèle, l’ouverture d’une première ligne low cost est aussi programmée pour 2010. L’étape suivante concernera l’ouverture de nouvelles lignes low cost et le lancement d’activités charters. Une autre étape serait la création d’une ligne Brive-Lyon, ce qui nous relierait à un hub international. La somme des revenus directs, indirects et induits serait alors de 61 millions d’euros pour l’année 2015. La deuxième hypothèse, plus ambitieuse, mise sur l’accueil de plusieurs compagnies low cost dès 2010 et 2011. L’impact serait dans ce cas de 94 millions d’euros.
Quelles sont les retombées économiques pour les trois départements directement concernés ?
Jean-Louis Nesti : Elles sont logiquement liées au poids relatif de chacun des territoires qui entourent l’aéroport. Sur la base de cinq grands critères – le nombre d’habitants, le nombre d’entreprises, le nombre d’emplois privés, le nombre de résidences secondaires et la capacité hôtelière en 3 et 4 étoiles, la Corrèze représente 41 ‰ du potentiel, la Dordogne 37 ‰ et le Lot 22 ‰. Cette répartition diffère bien sûr largement en fonction des critères retenus : si l’on se focalise sur le poids de chacun sur l’économie générale de la zone considérée, celui de la Corrèze est supérieur à 50 ‰ et celui du nord du Lot de 17 ‰ ; à l’inverse, si on se concentre sur le tourisme, la part du Lot est de 30,5 ‰ et celle de la Corrèze de 26,5 ‰.
En ce qui concerne les lignes low cost, quelles sont les destinations que vous privilégierez ?
Jean-Louis Nesti : Le périmètre d’influence que nous avons étudié comprend 400 communes et l’étude conduite sur les touristes résidents étrangers fait apparaître que 50 ‰ d’entre eux sont anglo-saxons. Sur cette base, plusieurs évolutions ou innovations semblent indispensables : la langue anglaise doit être mieux maîtrisée par les professionnels du tourisme et les commerçants, l’accueil touristique haut de gamme doit être considérablement renforcé, l’offre de courts séjours doit être développée, les voyages thématiques doivent être multipliés, etc. Le fait que l’équipe de rugby de Brive joue dans le Top 14 est dans ce contexte un atout déterminant.
Combien de passagers pensez-vous accueillir à moyen terme ?
Jean-Louis Nesti : Il est plus que jamais nécessaire de rester humble. L’aéroport existant à Brive accueille aujourd’hui 25 000 passagers par an pour la seule ligne Brive-Paris. Le scénario retenu prévoit d’arriver à près de 250 000 passagers en 2020. Il ne serait pas raisonnable de faire des prévisions inconsidérence des plateformes environnantes, comme Limoges, Bergerac ou Rodez, et celles des grands aéroports français, comme Nice, Toulouse ou Bordeaux. A eux trois, ces aéroports transporteront bientôt chaque année plus de 20 millions de passagers. L’ordre de grandeur n’est pas le même, mais l’investissement est indispensable pour dynamiser l’économie locale. Car au-delà de l’installation de nouvelles entreprises, l’enjeu est bien le maintien des activités existantes et l’internationalisation du tissu économique.
Quelles retombÉes Économiques ?
La France compte aujourd’hui plus de 550 aérodromes. Est-ce trop ? Statistiquement, l’Hexagone n’est pas le pays le plus équipé en plateformes aéroportuaires et, au niveau national, le grand quart sud-ouest est bel et bien en retrait. L’aéroport de Brive-Souillac a donc devant lui un espace de développement complètement légitime. Rappel des enjeux.

En juillet 2008, la Cour des Comptes a publié un rapport sur l’évolution de l’aviation civile en France qui n’en finit pas de faire jaser les analystes. Selon cette étude, la quasi-totalité des 550 plateformes françaises est déficitaire. D’un point de vue strictement comptable, il ne devrait subsister en France qu’une poignée d’aéroports. En l’occurrence, le rapport met en évidence qu’il est quasiment impossible d’arriver à une exploitation bénéficiaire en deçà du seuil de 1 million de passagers par an et sans l’apport de revenus annexes conséquents (tels que le chiffre d’affaires des parkings). Ce mode de calcul est aujourd’hui remis en cause par la plupart des gestionnaires d’aéroports et par les collectivités qui les financent, leur principal argument étant que la vocation de ces infrastructures n’est pas d’être directement des centres de profits, mais de contribuer au développement économique des territoires.

Dans son rapport, la Cour des Comptes a notamment montré du doigt l’aéroport de Limoges, lui reprochant que « la subvention d’équilibre a été multipliée par six entre 2001 et 2006, passant de près de 318 000 euros à plus de 2 millions d’euros ». La première réponse des gestionnaires de l’infrastructure a été d’expliquer que les collectivités appelées à investir pouvaient y trouver largement leur compte. En l’occurrence, la CCI de Limoges avance notamment que la présence de près de 250 000 visiteurs britanniques a permis d’injecter plus de 300 millions d’euros dans l’économie régionale. Par ailleurs, elle demande que l’augmentation du trafic soit prise en compte, ce qui permet de mettre en avant une diminution du ratio « déficit/passager » : il est en effet passé de 2,08 euros en 2001 à 1,35 en 2007, sachant que le nombre de passagers est passé dans le même temps de 132 000 à 390 000 passagers.
Nombre de résidences secondaires appartenant à des étrangers dans un rayon de 30 minutes autour de l'aéroport de Brive-Souillac:
  • CORREZE 900:
  • - Pays-Bas: 35%
    - Grande-Bretagne: 34%
    - Belgique: 14%
    - Allemagne: 5%
  • LOT 2600:
  • - Pays-Bas: 15%
    - Grande-Bretagne: 49%
    - Belgique: 15%
    - Allemagne: 3%
  • DORDOGNE 5700:
  • - Pays-Bas: 21%
    - Grande-Bretagne: 53%
    - Belgique: 8%
    - Allemagne: 6%
Une « science » nouvelle
Les aéroports demandent donc aujourd’hui à être jugés sur une base plus large que leur seul résultat d’exploitation, et que l’on prenne notamment en compte le maintien ou le développement des entreprises existantes, l’installation de nouvelles entreprises, la croissance des exportations et importations ou le renforcement de l’image globale du territoire. De même, cette façon d’appréhender l’impact économique des aéroports intègre les dépenses des voyageurs sur place. Dans le cas de l’aéroport de Brive-Souillac, la ligne Brive-Paris ne représente que 23 000 passagers par an, dont très peu sont des arrivants. Sachant, qu’ils dépensent en moyenne 150 euros durant leur séjour, le chiffre d’affaires annuel généré est inférieur à 260 000 euros. Par contre, la dépense par séjour dépasserait 250 euros pour les passagers des lignes low lost arrivant à Brive. Dès lors, l’impact économique des passagers des compagnies low cost se chiffre rapidement en millions d’euros : près de 9 millions dès la première année d’exploitation selon les estimations de l’Observatoire Sirius. En ce qui concerne le nombre d’emplois générés, le même raisonnement conduit les responsables du projet à ne pas considérer uniquement le nombre de salariés que comptera la plateforme en 2020 : il devrait être inférieur à 50, tandis que le nombre total correspond selon l’étude à près de 1 300 équivalents temps plein.