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Entreprendre CCI du Lot n°141
Formations professionnelles : L’Éducation nationale relÈve le dÉfi
On le sait, l’économie française est confrontée à la plus importante vague de départs à la retraite de son histoire et ce phénomène la touchera encore plus fortement au cours des prochaines années. Dans ce contexte, la seule réponse pertinente consiste à renforcer les filières de formation professionnelle. Un défi dont l’Education nationale a pris sa part en multipliant les offres de formation spécialisées. Dans le Lot, plusieurs lycées professionnels se sont engagés depuis plusieurs années dans des partenariats fructueux avec les entreprises. C’est notamment le cas du lycée Gaston-Monnerville à Cahors, qui collabore activement avec les principaux secteurs d’activité présents sur le bassin cadurcien. Ce travail a été mené dans les domaines de la maintenance industrielle, notamment avec Maec et le groupe Cahors, la conception de produits industriels avec Albagnac ou la maintenance du matériel bio-médical avec l’hôpital de Cahors. D’autres établissements du département ont développé des filières de compétences adaptées au tissu économique local, à l’instar du lycée des métiers Louis-Vicat à Souillac pour le génie civil et les techniques énergétiques ou climatiques, le lycée Champollion et l’IUT de Figeac pour les métiers de la mécanique, sans oublier le lycée hôtelier Quercy-Périgord à Souillac, qui est l’un des dix plus importants de France avec 470 élèves. Ce dossier propose un panorama des formations professionnelles proposées dans le Lot par l’Education nationale et présente les principaux projets des établissements impliqués.
Les formations professionnelles dans le Lot
Les meilleurs tremplins vers l’emploi
Dans un contexte économique et démographique nécessitant la mobilisation de tous les acteurs, établissements scolaires et entreprises ont de plus en plus partie liée. A l’heure où les départs à la retraite prennent une ampleur jamais connue, touchant de plein fouet tous les secteurs d’activité, l’Education nationale est appelée, au travers de ses cursus technologiques et professionnels, à jouer pleinement son rôle de tremplin vers l’emploi. Ce qu’elle fait au quotidien, en s’appuyant sur des partenariats ciblés et durables avec le monde des entreprises. Voici quelques exemples qui illustrent les vertus de cette mobilisation générale dans le Lot.
IUT de Figeac : Trois spécialités et trois licences professionnelles
C ’est en 1995 que l’IUT de Figeac a ouvert ses portes, accueillant alors 25 étudiants en génie mécanique et productique. L’objectif déclaré était de regrouper, à terme, environ 500 jeunes en cycle universitaire. Douze ans plus tard, ils sont 330 à fréquenter les amphithéâtres. L’éventail des formations s’est notablement ouvert depuis, proposant trois départements débouchant sur autant de DUT : génie mécanique et productique, techniques de commercialisation ou carrières sociales en animation socioculturelle. Parallèlement, trois licences professionnelles sont accessibles : commercialisation des produits du terroir ou sous signe officiel de qualité, sciences de la production industrielle mécanique et conception et fabrication assistées par ordinateur (CFAO). Bien doté, équipé de machines très performantes comme le centre d’usinage Skymill à très grande vitesse, en prise directe avec les attentes des entreprises de la Mécanic Vallée, le département génie mécanique et productique (GPM) plafonne aujourd’hui en termes d’effectifs. Cette formation de très haut niveau peine en effet à attirer les jeunes, le déficit d’image des activités mécaniques étant toujours d’actualité. De plus, elle existe depuis peu à Tarbes et Toulouse : les étudiants préfèrent pour suivre leur cursus universitaire dans une plus grande ville. Pourtant, les heureux élus de GPM Figeac ont l’embarras du choix à leur sortie, les bureaux d’études spécialisés s’arrachant leurs compétences. Ratier-Figeac, Forest-Liné ou Bosch Rodez en particulier, ont besoin de professionnels afin de renouveler leurs effectifs. Par ailleurs, ces entreprises offrent de nombreuses opportunités de stages aux étudiants. Les autres départements font le plein, qu’il s’agisse des filières techniques de commercialisation ou des carrières sociales. L’IUT figeacois a ajouté cette année la licence professionnelle « produits du terroir ou sous signe officiel de qualité ». L’offre de formation professionnelle continue est en place depuis trois ans. 17 personnes de tous âges, dont quelques étudiants du Maghreb, la fréquentent. Elles sont diplômantes, qualifiantes ou « sur mesure », adaptées aux acteurs du milieu professionnel. Bientôt, un quatrième DUT devrait voir le jour : les responsables réfléchissent à la meilleure option possible, en fonction du contexte économique régional. La piste de l’environnement serait privilégiée dans la réflexion en cours. Les locaux de l’établissement ont été agrandis l’an passé afin de recevoir sans contrainte un nouvel afflux d’étudiants.
LycÉe des MÉtiers Louis-Vicat À Souillac
Le bâtiment et les techniques climatiques en fer de lance
Le deuxième établissement profes sionnel de Souillac recense 340 élèves, 191 en lycée général et 145 en cursus professionnel. Pour ce dernier, les spécialités enseignées dans ses murs s’inscrivent dans le sillage de l’ingénieur Louis Vicat, celui-là même qui conçut et bâtit le pont sur la Dordogne en inventant au passage le ciment artificiel : le bâti ment, le gros œuvre et le travail du bois ; les techniques des installations sanitaires et thermiques, toutes en niveau BEP. Les formations en génie civil, techniques énergétiques et cli matiques conduisent vers des bacs pro. Deux BTS, bâtiment et fluides énergies environnement en clima tique ou frigorifique, et une licence professionnelle maîtrise en génie cli matique en collaboration avec l’uni versité Paul-Sabatié, complètent une offre de haute technologie. Les tra vaux réalisés dans le cadre des forma tions sont régulièrement couronnés par des prix : concours « Un des meilleurs apprentis », médailles d’or nationales ou encore concours géné ral des lycées. En 2006, une des équipes a même été récompensée par le Prix de la vocation scientifique et technique des filles. Le groupe Vinci accompagne fréquemment les élèves dans leurs travaux.

Dans ce cadre, les dernières réalisations primées sont : une maquette de patinoire conçue et fabriquée par les BTS froid dont l’éclairage est assuré par énergie solaire, un habitacle à poissons en béton fibré, un moucharabieh ou un escalier à vis. L’Agence de l’eau Adour-Garonne participe également à ces recherches et travaux, présentant des nouveaux procédés mis au point par les élèves et leurs enseignants. Les jeunes qui rejoignent le lycée Louis-Vicat sont originaires du Lot, de la Corrèze et des départements limi trophes. Quelques-uns arrivent en droite ligne de Toulouse. 58 profes seurs enseignent les différentes disci plines. A la sortie, les étudiants n’ont en général aucune peine à répondre aux offres d’emploi correspondant à leur savoir-faire. Il serait fastidieux d’énumérer les entreprises héber geant des stagiaires de Louis-Vicat : elles sont fort nombreuses, couvrant tous les champs de formation propo sés par le lycée. Citons simplement De Nardi à Gourdon pour le secteur du bâtiment et Albareil à Lachapelle - Auzac dans le domaine du froid et de la climatisation. « Beaucoup de nos anciens étudiants dirigent aujourd’hui une entreprise », se félicite le proviseur Claude Vigié.

LycÉe HÔtelier Quercy-PÉrigord À Souillac
470 élèves de 27 départements
Faire le tour des hôtels-restaurants du Lot, c’est mesurer à quel point le Lycée Hôtelier est essentiel à l’exercice de ces professions : la plupart des cuisiniers et des serveurs sont issus des rangs de l’institution souillagaise, en mission depuis 1971. Les candidats arrivent en principe des classes de troisième des collèges dans cette filière d’excellence et peuvent viser plusieurs degrés : les CAP restaurant ou cuisine, ou un BEP de restauration et d’hôtellerie. Pour ceux qui veulent pousser plus loin, un bac professionnel restauration ou un bac technologique hôtellerie, ce dernier débouchant à terme sur un BTS, sont proposés au choix. Enfin, des spécialisations plus ciblées sont accessibles : pâtissier, cuisinier en desserts de res taurant, traiteur, café-brasserie; ou sur mention complémentaire, art de la cuisine allégée. L’établissement a également mis en place une section d’apprentissage. Souillac, l’un des dix principaux lycées hôteliers de France, draine quelque 470 élèves, dont environ 400 internes, issus de 27 départements : Midi-Pyrénées et les régions limitrophes du Limousin, de l’Auvergne et de l’Aquitaine sont logiquement les plus représentées. Ouvert à l’international, il dispose de six classes labellisées « Section européenne » : on peut y apprendre conjointement la cuisine et l’espagnol, ou le service en salle et l’anglais. Des stages sont organisés à l’étranger pour les élèves ayant choisi ce cursus, appuyés sur de nombreux partenariats : 12 d’entre eux ont passé cinq semaines en avril dans le Connecticut, d’autres ont fait leurs valises pour Montevideo grâce à un parrainage entre Souillac et l’Ecole Nationale de Cuisine de l’Uruguay. Dans cet esprit, 24 postes de travail récupérés à Souillac, suite à une restructuration complète, vont partir équiper l’établissement de ce pays, opération rendue possible par l’implantation du Groupe Cahors Maec en Amérique-du-Sud. Dans l’autre sens, 14 élèves chinois ont été récemment accueillis en formation cuisine.
Un restaurant d’application réputé
L’un des atouts du lycée repose sur la qualité de son restaurant d’application, décliné selon trois concepts : gastrono mique de 60 places, élève-client avec service à l’assiette, brasserie de 30 couverts pour les personnels. Ouvert au public, il permet aux élèves de peaufiner leurs compétences en situation véritable. Il fait partie d’un outil de travail irréprochable : neuf ateliers de cuisine, plus quatre de service. Enfin et surtout, la complicité nouée de longue date avec les entreprises lotoises, hôtels et restaurants, est la clé de voûte du système éducatif. « Les relations sont parfaites. Nos élèves partent en stage sur le terrain entre mai et novembre. Un bon millier d’entreprises contribue efficacement à leur formation, depuis le Relais-Château jusqu’au restaurant de terroir en passant par les Bonnes Tables du Lot ou les cuisines des collectivités. Selon les parcours de chacun, la voie royale n’est pas forcément le trois-étoiles Michelin », mentionne Yves Quissac, le proviseur. Chacun connaît certes les contraintes qui pèsent sur ces métiers : la première étant de travailler quand les autres se reposent. « C’est vrai que pendant la haute saison, le rythme quotidien peut être terrible. », poursuit Yves Quissac.
Des embauches garanties
Le postulant entre au lycée sans concours ni entretien, et les demandes sont supérieures aux places disponibles. Par ailleurs, les résultats aux examens sont excellents et les débouchés évidents: on ne reste pas sur le carreau quand on débarque du lycée hôtelier Quercy-Périgord. D’ailleurs, certains stagiaires sont embauchés avant la fin de leur cursus, démarche dangereuse qui dessert plutôt les étudiants sur le long terme de leur carrière. On retrouve des anciens de Souillac dans des postes prestigieux, comme chef-pâtissier chez Troisgros, au Pré-Catelan, ou un tout jeune maître d’hôtel à Matignon. 66 professeurs, tous anciens professionnels des métiers concernés, officient dans l’établissement. Au total, le Lycée est une entreprise de taille respectable, qui salarie 110 personnes. La Région Midi-Pyrénées soutient largement le lycée dans ses investissements, le souci majeur étant l’attitude de la SNCF supprimant l’arrêt des trains en gare de Souillac : l’acheminement des élèves en provenance de Toulouse ou Limoges deviendrait un problème majeur.
LycÉe Champollion À Figeac
La filière complète des métiers de la mécanique
Etre en adéquation avec le contexte industriel de la Mécanic Vallée reste la priorité du lycée Champollion de Figeac. En effet, un jeune peut y entrer dès la seconde et poursuivre son cursus jusqu’au BTS Industrialisation des produits mécaniques, six ans plus tard : c’est un cas unique dans l’acadé mie de Toulouse. Situation identique pour les spécialités de l’électronique et électrotechnique, avec une continuité assurée au sein du même établissement. A partir de là, le diplômé entre de plain-pied et sans difficultés dans la vie professionnelle, tant le maillage des entreprises est dense entre Saint-Céré Biars-Bretenoux et le bassin figeacois proprement dit. La principale difficulté pour l’établissement reste que les métiers de la mécanique peinent à séduire lycéens et étudiants.
Des matériels renouvelés
Equipés d’un parc matériel récent, dont 16 machines à commandes numériques et bientôt l’installation d’un centre d’usinage à cinq axes, les ateliers conduiront cette année une dizaine d’étudiants vers le brevet de technicien supérieur. Selon le chef de travaux, Jean-Michel Cambon, les causes de cette désaffection relative résident dans les incertitudes qui pèsent sur l’avenir des grands programmes, surtout dans le secteur aéronautique. Les aléas et retards survenus chez Airbus sur l’A380 et l’A400M reflèteraient des perspectives brouillées, qui feraient sentir leurs effets jusqu’au cœur des établissements du secondaire et du supérieur.
Plus de mille élèves
Une autre tendance vient accentuer ce phénomène: certaines entreprises de la région, en quête de main-d’œuvre, font appel à des structures d’enseignement qui relèvent de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie comme le CFAI, au détriment des établissements de l’Education nationale. Le lycée professionnel Champollion accompagne les jeunes vers plusieurs bacs : services, accueil, assistance et conseil, destinés à former les futurs col laborateurs des dirigeants de PME-PMI. De son côté, le lycée général et technologique mène vers d’autres bacs : en sciences et technologies de la gestion, en communication et gestion des ressources humaines. Au total, toutes filières confondues, l’établissement figeacois recense quelque mille élèves. Il dispose par ailleurs d’un important fichier d’entreprises, près de 500 contacts, répartis sur l’ensemble de l’Est lotois ainsi que sur l’Aveyron proche.
LycÉe Gaston-Monnerville À Cahors
Des liens forts et anciens avec les entreprises
Le lycée Monnerville n’a pas attendu les difficultés liées à l’évolution démographique pour tisser des rapports privilégiés avec les entreprises. Au travers de ses trois filières industrielles, du BEP au BTS, l’établissement cadurcien n’a eu de cesse de jeter des ponts vers l’emploi. Meilleure traduction de cette volonté, le rapprochement avec Maec et le Groupe Cahors est en place depuis plus de vingt ans. Cette entreprise-phare du bassin cadurcien est maître d’apprentissage pour les BTS du secteur maintenance industrielle. Elle reçoit fréquemment des stagiaires en BEP, bac professionnel et autres BTS.
Des compétences recherchées
Isabelle Ficat, proviseur du lycée Gaston Monnerville.

La maintenance industrielle est en effet un secteur très dynamique, vivier d’emplois intéressants : de nombreuses entreprises de tous domaines et toutes tailles sont en recherche de compétences sur ces activités, intégrant la maintenance à distance par informatique. Les sections électrotechnique et conception de produits industriels offrent également des débouchés rapides vers l’emploi salarié. Dans ces trois filières, les stages en entreprises se multiplient et des projets très concrets sont menés

à bien tout au long de la scolarité. D’autres entreprises du département sont partie prenante de cette démarche : conception de produits industriels avec Albagnac à Sauzet, maintenance chez Pierre Fabre Plantes et Médecines, à la Saur ou au sein du groupe Capel. Mais le fichier du lycée compte beaucoup d’autres sites industriels, répartis sur l’ensemble du territoire départemental. Dans la diversité de sa carte des formations, le lycée Gaston-Monnerville dispose par ailleurs d’offres très motivantes pour les jeunes : en partenariat avec l’hôpital de Cahors et l’université toulousaine Paul-Sabatier, il propose une licence professionnelle de maintenance du matériel bio-médical. Les échanges lycée-hôpital de Cahors sont très fructueux, et les titulaires de ces licences n’éprouvent aucune difficulté à rejoindre hôpitaux, cliniques ou fournisseurs d’équipements bio-médicaux au terme de leur cursus.
La filière automobile séduit
Une autre voie d’excellence professionnelle conduit vers les métiers de l’automobile : mécanique aussi bien que carrosserie. Les BEP et bac professionnel étudient la maintenance des véhicules : ils sont appelés à étoffer le bataillon des spécialistes indispensables dans les garages et concessions de la région. A l’issue de leur formation, ponctuée de nombreux stages sur le terrain, ils savent piloter les stations de diagnostic qui vérifient le bon fonctionnement de l’électronique embarquée. Ce secteur très porteur séduit logiquement de plus en plus de jeunes. « Grâce à la maîtrise de nos équipements très performants, ces lycéens apportent aux entreprises des compétences technologiques supplémentaires. Le terme d’échange n’est donc pas inadapté dans ce contexte », souligne le proviseur du lycée Gaston Monnerville, Isabelle Ficat. Chaque semaine, l’établissement relaie une vingtaine d’offres d’emplois, y compris vers ses anciens élèves. Elles sont régulièrement affichées et consultées à l’entrée du lycée.
Michel Hibon, Pdg du Groupe Cahors Maec
« Nous recevons une bonne dizaine de stagiaires chaque année. »
Le fait n’a rien d’étonnant, puisqu’il s’agit de la plus grande entreprise de Cahors : la Maec compte dans ses effectifs de très nombreux anciens élèves du lycée Gaston-Monnerville. La collaboration entre les deux entités n’est pas récente – elle date de plus de vingt ans – et est jugée exemplaire par Michel Hibon, Pdg du Groupe Cahors. Le fait est qu’elle n’est pas en voie de s’éteindre, bien au contraire : entre 2005 et 2010, l’entreprise doit faire face à 70 départs à la retraite, sur un effectif de 475 professionnels sur le site. Comme on l’imagine, les responsables ont depuis longtemps anticipé en identifiant les niveaux de compétences à remplacer. Les formations ont été accélérées et les promotions en interne, valorisant des trajectoires volontaires, complètent l’indispensable recherche de jeunes issus des rangs de l’Education nationale. «Nous recrutons sur trois niveaux : des BEP et des bacs pro pour étoffer la production, des bacs plus deux et des BTS en vue de muscler le bureau d’étude ainsi que les services maintenance et qualité. Nos cadres et ingénieurs viennent des grandes écoles et des universités. Les jeunes étudiants sont très attachés à leur région et beaucoup font le maximum pour y rester : nous n’avons aucune difficulté à embaucher des débutants. Par contre, ceux qui disposent d’une expérience de cinq ans sont plus rares », constate le chef d’entreprise cadurcien.
Une collaboration exemplaire
La collaboration est donc très étroite entre les chefs de travaux du lycée Monnerville et la Maec : en moyenne, une dizaine de stagiaires découvre chaque année l’entreprise et ses multiples spécialités. Il y a cinq ans, cette proximité a été encore renforcée par l’arrivée d’un BTS par apprentissage : deux élèves ayant choisi cette formule partagent leur temps entre le lycée et le site industriel, l’un en première année et l’autre en deuxième. « On leur confie de véritable travaux et ils ont des projets à prendre en charge. A titre d’exemple, en 2006, trois d’entre eux, en deuxième année de BTS électro-technique, ont requalifié une presse et adapté sa programmation dans le but de faciliter la maintenance », explique le dirigeant. Mais plustôt encore dans leurs études, des collégiens de Gambetta pénètrent dans l’entreprise : c’est la formule Découverte Professionnelle, dès la classe de troisième.En 2007, ces jeunes ont pu rencontrer des aînés entrés à la Maec dans les années 1966 1968 : occasion exceptionnelle pour eux de mesurer l’incroyable évolution des métiers. « La production basique étant déplacée vers d’autres unités du groupe, nous sommes aujourd’hui à Cahors sur des spécialités plus complexes, à forte valeur ajoutée. En dix ans, notre gamme s’est élargie de 50 à 60 ‰, grâce à des secteurs de diversification. Par exemple, nous venons de racheter une société travaillant dans le sanitaire. La recherche et développement doit conserver sa longueur d’avance pour imaginer les attentes de demain », analyse Michel Hibon.

Des apports indispensables
De la fabrication du matériau composite jusqu’à l’intégration d’une informatique toujours plus poussée, le travail évolue sans cesse et il faut renforcer les équipes à tous les niveaux. Sur ce point aussi, la collaboration avec le lycée Gaston-Monnerville porte pleinement ses fruits : dans le domaine des antennes paraboliques en particulier, spécialité majeure chez Maec. « Ces jeunes apportent un souffle, une ouverture et des compétences indispensables. Car l’entreprise connaît par ailleurs un turn-over très faible, un Cadurcien d’origine restant chez nous tout au long de sa carrière. La diversité des profils est une garantie de souplesse et de polyvalence, indispensable pour envisager en douceur l’arrêt d’une fabrication au profit d’une autre », souligne en conclusion Michel Hibon.
Quand alternance rime avec excellence
Depuis la rentrée scolaire 2007, chaque département est doté de son propre centre de formation d’apprentis (CFA), dont la mission est de développer des filières adaptées au tissu économique local. Trois établissements lotois proposent aujourd’hui des formations par apprentissage dans lecadre du CFA départemental de l’éducation Nationale du Lot : le lycée Gaston-Monnerville à Cahors, le lycée Champollion à Figeac et le lycée hôtelier Quercy-Périgord à Souillac. Les explications d’Isabelle Ficat, Directrice du CFA du Lot et proviseur du lycée Gaston-Monnerville, et d’Auguste Vieira de Résende, Coordinateur pédagogique du programme pour le département.
L’apprentissage conserve en Franceune image dévalorisante. Commentl’expliquez-vous ?
Auguste Vieira de Résende : Cette vision de l’apprentissage est un héritage qui ne correspond plus à la réalité. En résumé, le réflexe collectif était de dire : « si tel où telle est en apprentissage, c’est qu’il y a un problème de niveau scolaire ». Concrètement, aujourd’hui, on pourrait presque affirmer que la situation est inverse : les apprentis doivent au contraire faire preuve de davantage d’esprit d’initiative, de travail et de persévérance que les autres. Prenons un exemple simple : un candidat à l’apprentissage doit savoir exprimer ses objectifs professionnels, aller à la rencontre des entreprises, s’inscrire dans au moins un établissement et trouver lui-même les solutions qui lui permet tront de gérer trois lieux distincts : l’établissement auquel il est rattaché, l’entreprise dans laquelle il travaille en alternance et son domicile. De ce point de vue, ils sont nécessairement amenés à agir de façon autonome plus rapidement. De plus, l’apprentissage implique un investissement personnel important, il doit être un choix volontaire et motivé par un projet professionnel, source de motivation pendant la formation. L’apprenti bénéficie de moins de vacances qu’un jeune sous statut scolaire, mais il perçoit un salaire et se voit confier des responsabilités, il doit aussi combiner préparation et révisions des cours avec les exigences du travail en entreprise. A l’issue de la formation, l’expérience profession nelle acquise constitue une valeur ajoutée à sa candidature lorsqu’il se présente auprès des employeurs qui recherchent de jeunes diplômés expérimentés. On ne devient donc pas apprenti par hasard, le choix de l’apprentissage doit résulter d’une démarche volontaire et réfléchie.
Les élèves qui suivent une formationen alternance obtiennent-ils en moyenne les mêmes résultats queles autres ?
Isabelle Ficat : Précisons tout d’abord que tous les élèves, qu’ils soient formés en alternance ou non, passent au final les mêmes examens et que leurs diplômes ont la même valeur. En l’occurrence, on peut effectivement affirmer qu’ils obtiennent les mêmes résultats, avec un taux de réussite d’environ 80 ‰ pour les filières professionnelles et technologiques. Le véritable enjeu a été de démontrer que des formations en alternance pouvaient être mises en place en milieu scolaire. En la matière, cela a demandé des efforts d’adaptation aux différents intervenants, depuis les établissements jusqu’au Conseil Régional en passant par les entreprises et le Rectorat.
Chaque CFA départemental estcensé développer ses propresfilières : sur la base de quels critères ces initiatives sont-elles lancées ?
Isabelle Ficat : La mise en place des centres de formation d’apprentis départementaux l’automne dernier avait justement pour vocation de préciser les priorités et les processus de décision. Concrètement, la priorité est d’assurer un aménagement du territoire équitable et c’est le Conseil Régional qui en est le garant, en partenariat avec le Rectorat. Ce sont eux qui apprécient l’opportunité de créer telle filière dans tel département, d’éviter que se développent des projets redondants ou concurrents et de mesurer l’évolution de la demande des entreprises. Dans ce cadre, le rôle des CFA départementaux et des établissements concernés est également de se faire les porte-parole des ambitions et des attentes des élèves et des besoins exprimés par les entreprises.
De quelles aides peuvent désormaisbénéficier les élèves en apprentissageet les entreprises qui les accueillent ?

Auguste Vieira de Résende : Ces aides sont multiples. En ce qui concerne les élèves en alternance, ils accèdent au service Loca-Pass, qui leur permet de bénéficier d’une garantie de l’Etat pour la caution et le loyer, d’une couverture sociale puisqu’il n’y a apprentissage que s’il y a un contrat de travail.
Cela implique également que le temps qu’ils passent en entreprise est pris en compte pour le calcul de leur retraite. Par ailleurs, ils ne paient pas de cotisations sociales, ce qui signifie que leur salaire net est égal à leur salaire brut et ont droit à des aides spécifiques pour le transport et la restauration. En ce qui concerne les entreprises, elles perçoivent une indemnité compensatrice de formation, qui peut atteindre 1 525 euros par an pour les moins de 18 ans et 1 830 euros pour les élèves majeurs. Elles sont exonérées du paiement des charges sociales et de la taxe d’apprentissage, peuvent bénéficier d’une aide à l’embauche pour les CAP et les crédits d’impôt peuvent atteindre 1 600 euros par an.
Quelles conditions doit remplir une entreprisequi souhaite intégrer un élève en alternance ?
Auguste Vieira de Résende : Soit l’entreprise propose son propre candidat, soit elle peut faire appel à nous pour que nous recherchions des profils adaptés à sa demande. Dans tous les cas, tout commence par une première rencontre, au sein de l’entreprise, pour que nous puissions évaluer ses besoins et les moyens qu’elle peut consacrer à l’encadrement de l’élève. Il ne faut pas oublier que l’apprentissage fait pleinement partie de la formation initiale des élèves et que les entreprises qui les accueillent ont une mission en la matière. A la suite de cette première réunion, les maîtres d’apprentissage sont accueillis dans les établissements pour s’initier à la maîtrise des différents outils pédagogiques, tels que le livret d’apprentissage. Il faut préciser que durant les deux années d’apprentissage, le rythme pour l’élève est de 15 jours dans l’entreprise pour 15 jours dans l’établissement. Cela implique que nos contacts avec l’entreprise et les maîtres d’apprentissage soient réguliers, qu’il s’agisse d’échanges de courriels, d’entretiens télé phoniques ou de rendez-vous physiques.
Si une entreprise souhaite intégrer un élève enapprentissage à la prochaine rentrée scolaire,à partir de quand doit-elle contacter le CFA ?
Isabelle Ficat : Pour les apprentis, la rentrée scolaire a généralement lieu mi-octobre et les entre prises peuvent entamer leurs démarches dès le début du printemps. Au-delà, il faut rappeler que le dispositif des CFA départementaux de l’éducation Nationale n’a que quelques mois d’existence et qu’il va progressivement s’étendre à d’autres filières et d’autres établissements.