Votre message a été correctement envoyé !
contacter la rédaction web marquer dans vos favoris  
 
numero en cours
[ Lire le magazine ]
 
 

A la UNE Magazines Dossiers Partenaires Liens  
 

 
Entreprendre CCI du Lot n°138
CAHORs
LE SOUFFLE DU MARKETING
Les principaux problèmes du vignoble de Cahors ont été identifiés depuis plusieurs années : une surface morcelée, la difficulté de transmettre les exploitations, la montée en puissance de nouveaux concurrents ou encore le manque d’actions commerciales concertées. Par contre, la filière a longtemps hésité sur les solutions à mettre en place. Depuis un an, les professionnels du vin de Cahors ont multiplié les initiatives pour reconquérir le marché intérieur et accélérer le développement des exportations. Cette évolution est favorisée par le renouvellement des générations de vignerons et par l’arrivée de nouveaux responsables, qui misent sur la création de structures commerciales fortes et sur l’utilisation de nouvelles méthodes de marketing. Qui porte cette dynamique et quels sont ses objectifs ? Ce dossier réunit les analyses et les expériences des principaux acteurs du renouveau du Cahors.
Le Cahors nouveau est arrivÉ
Ces dernières années, la filière du vin de Cahors a dû réagir simultanément à plusieurs évolutions majeures : la mondialisation du marché, la montée en puissance d’autres appellations du Sud-Ouest ou le vieillissement des exploitants, sans oublier la conciliation des intérêts particuliers. Les professionnels du Cahors se sont pourtant remis en ordre de marche, avec d’indéniables atouts. Explications.
Si les premières vignes de Cahors Syndicat de Défense de l’Appellation et livrent en vrac au négoce. « Le vignoble ont été plantées voilà plus de 2 000 de l’Interprofession, la surface devrait de Cahors est pluriel et c’est plus un ans, la filière professionnelle n’en atteindre 15 hectares pour mieux atout qu’un handicap, estime Jean-reste pas moins jeune : elle n’a réellement répondre aux enjeux économiques. Marie Sigaud, Président de l’Union commencé à se structurer qu’à partir des Cette situation est notamment liée à la Interprofessionnelle des Vins de Cahors années 70, après que le Cahors eut prépondérance des chais particuliers, (UIVC). La taille des exploitations n’est obtenu l’Appellation d’Origine Contrôlée. qui représentent 60 % des exploitations pas le seul facteur déterminant «. De fait, malgré trois décennies de conso-et 70 % des volumes. De plus, parmi les Par ailleurs, la filière a mis en place de nou lidation, le vignoble de Cahors reste 300 chais particuliers, 200 embouteillent velles méthodes pour résoudre le principal extrêmement morcelé : la taille moyenne et commercialisent eux-mêmes le problème qui la pénalisait aux cours des est de 5,12 hectares pour 447 exploita-vin,tandis que les 100 autres le dernières années : le déficit de stock de tions et de 22 hectares pour seulement 35 d’entres elles. Selon les estimations du Syndicat de Défense de l’Appellation et de l’Interprofession, la surface devrait atteindre 15 hectares pour mieux répondre aux enjeux économiques. Cette situation est notamment liée à la prépondérance des chais particuliers, qui représentent 60 % des exploitations et 70 % des volumes. De plus, parmi les 300 chais particuliers, 200 embouteillent et commercialisent eux-mêmes le vin, tandis que les 100 autres le livrent en vrac au négoce. « Le vignoble de Cahors est pluriel et c’est plus un atout qu’un handicap, estime Jean-Marie Sigaud, Président de l’Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors (UIVC). La taille des exploitations n’est pas le seul facteur déterminant «. Par ailleurs, la filière a mis en place de nouvelles méthodes pour résoudre le principal problème qui la pénalisait aux cours des dernières années : le déficit de stock de vieux millésimes. La quantité de Cahors commercialisée en 2006 a ainsi été inférieure de plus d’un tiers à celle de 2001.
Les dÉfis de l’exportation
Un autre axe de développement majeur concerne les exportations, qui ne représentent encore que 10 % de la valeur. Cela étant, les statistiques des douanes indiquent que l’activité à l’export a progressé en 2006 de 12,6 % en volume et de 14,7 % en valeur. Cette performance relative est surtout liée à la progression du Cahors vers le Canada (+ 45 %), premier acheteur en dehors de l’Union Européenne. Par ailleurs, l’appellation enregistre de très fortes croissances à Taïwan (+ 183 %), en Chine (+ 205 %) ou au Brésil (+ 140 %). En fait, la principale contre-performance du Cahors à l’export concerne les pays de l’Union Européenne,dont les achats ont diminué de près de 8 % en 2006, avec une baisse très marquée au Royaume-Uni (-60 %). En ce qui concerne le marché intérieur, un des principaux enjeux consiste à augmenter la diffusion du Cahors dans restaurants : ils ne drainent en France que 20 % des volumes de Cahors. La grande distribution commer cialise de son côté plus de 60 % de bouteilles, soit 15 millions sur les 22 mil lions de cols vendus chaque année. Enfin, il faut noter que le morcellement du vignoble est contrebalancé par les performances des six premiers opérateurs de la commercialisation du vin de Cahors : à eux seuls ils réalisent 70 % des ventes, emploient 170 personnes et représentent 90 % du chiffre d’affaires du secteur vins et boissons inscrites au registre du commerce et des sociétés, soit 65 millions d’euros.
Vers une nouvelle solidarité
Pour relever ces différents défis, les pro fessionnels ont réaffirmé qu’ils devaient créer de nouvelles formes de solidarité. En d’autres termes, il s’agit bien de défendre une filière plutôt que plusieurs centaines d’intérêts particuliers. Si l’en jeu n’est pas nouveau, plusieurs phéno mènes récents viennent favoriser la réunion des énergies. Tout d’abord, la filière a adopté des méthodes de commercialisation et de promotion dignes des autres grands secteurs économiques, notamment grâce à l’arrivée d’une nouvelle génération de professionnels. C’est notamment le cas du nouveau Directeur Marketing de l’Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors, Jérémy Arnaud, qui défendait auparavant la cause des rosés de Provence, ou de Douglas Pipe, Directeur Commercial de la jeune SAS Cahors-Malbec, qui était jusqu’au printemps dernier chargé de développer les ventes du Sauternes à l’export. Au-delà de leur expérience, ces néocadurciens apportent un regard neuf sur les faiblesses et les atouts du vignobles de Cahors. « Le principal problème du vin de Cahors n’est pas lié à la production mais à la commercialisation, affirme Jean-Marie Sigaud. La création de nouvelles structures commerciales telles que les SAS est une bonne nouvelle car elles structurent l’activité de la filière. Ce dont le Cahors a besoin, ce n’est pas de nouvelles organisations de tutelle et de nouvelles statistiques mais de patrons et d’entrepreneurs «.

En l’occurrence, le sujet des unions interprofessionnelles est plus que jamais d’actualité. Une première initiative avait été lancée en 2005 avec la création du Comité Interprofessionnel des Vins du Sud-Ouest (CIVSO). Le bassin concerne 38 appellations sur 11 départements (8 en Midi-Pyrénées et 3 en Aquitaine).

« Nous sommes adhérents de cette grande interprofession, mais le Cahors doit également trouver ses propres solutions et mettre à profit ses compétences, souligne Jean-Marie Sigaud. Nous ne pouvons pas nous contenter de représenter 1/38e des actions qui seront menées «

Le Cahors mise sur le black
Depuis le début de l’année, les professionnels du vin de Cahors se sont engagés dans une ambitieuse opération de promotion qui a mis en lumière les atouts de l’appellation sur tous les terrains, depuis Bordeaux jusqu’à Toulouse, en passant pas Londres ou Sao Paulo. De nouvelles opérations d’envergure sont programmées pour les mois à venir, dont un voyage de presse aux Etats-Unis et l’organisation des premières Rencontres Internationales du Malbec à Cahors. Panorama.
Le vin de Cahors était à l’honneur le 19 juin dernier, dans le cadre du salon Vinexpo à Bordeaux. L’Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors avait en l’occurrence convié la presse et les principaux acheteurs français et étrangers à déguster 13 Cahors, avec les commentaires avisés d’Olivier Poussier, élu meilleur sommelier du monde en 2000. A priori, l’événement ne paraît pas d’une portée extraordinaire : quoi de plus naturel que d’organiser une dégustation à l’occasion du plus grand rendez-vous des professionnels du vin ? Dans les faits, le Cahors a bien créé la surprise grâce à un positionnement inédit, fondé sur la déclinaison de la couleur noire et du cépage malbec.
Un nouvel esprit de conquête
Le fait est que les visiteurs ne pouvaient manquer le stand des vins de Cahors, entièrement noir comme il se doit pour une appellation que les étrangers nom meront désormais le « french black wine «. Le renouveau du Cahors passe-t-il donc par le marketing ? Si le marketing ne résout pas tous les problèmes – loin s’en faut – il offre de nouvelles perspectives et de nouveaux débouchés à une région viticole qui paraissait bien fragilisée ces dernières années. Au-delà, comment ignorer avec dédain les méthodes qui ont si bien réussi aux autres, depuis le Gaillac jusqu’au Madiran, en passant par le Buzet et le phénomène « Tariquet « ? Pour mieux apprécier les enjeux de cette nouvelle impulsion, il est important de rappeler ses origines : le Black Wine est né le 16 janvier 2007, lors d’un colloque qui a réuni 150 vignerons lotois.
Des intérêts particuliers à la défense d’une filière
L’actualité la plus forte est que la filière viticole du Lot a arrêté une stratégie. Cela étant posé, la mise en avant du «black « et du « malbec « ne sont que des outils au service d’objectifs précis : reconquérir les professionnels et les prescripteurs, mais également redorer le blason du Cahors à l’étranger. Pour ce faire, les responsables de l’union interprofessionnelle avaient bien pris conscience que le Cahors devait se préparer à batailler en même temps sur quatre fronts : la concurrence internatio nale, et notamment celle des malbec argentins, la concurrence nationale, au premier rang de laquelle figurent naturellement les Bordeaux, la concurrence régionale (outre le Bordeaux, le Sud-Ouest compte 19 Appellations d’Origine Contrôlée et 22 vins de pays) et, enfin, la concurrence « intérieure «, souvent cari caturée par l’opposition des « anti « et des « pro « Carte Noire. Toutes les conditions étaient réunies pour que le sujet du vin devienne éminemment politique. Dans ce contexte, les dirigeants de la filière viticole lotoise se sont rattachés à un principe simple : il est vain d’aller affronter l’adversité en ordre dispersé. L’objectif devenait donc de réunir les professionnels du vin de Cahors et, au-delà, l’ensemble du département autour d’un projet de développement de la filière. C’est bien sur cette base que le plan d’action du « vin noir « a été bâti depuis janvier dernier.
De Vinexpo à Covent Garden
Parmi les actions de promotion qui ont marqué le premier semestre 2007, la presse régionale a tout d’abord retenu le marché du vin de Cahors organisé à Toulouse au printemps, tandis que la presse professionnelle saluait la prestation cadurcienne au salon Vinexpo et que la presse britannique relevait le succès de l’opération organisée à Londres, dans le cadre prestigieux de Covent Garden. Dans ce dernier cas, près d’un millier de londoniens sont venus déguster des Cahors tout en bénéficiant des ancien diplomate américain longtemps en poste dans les pays de l’est, et Stephen Mills, auparavant Directeur Marketing de plusieurs grands groupes internationaux, dont Universal. Chaque fois, la démarche est la même : il s’agit d’étendre et de densifier les réseaux de prescripteurs du Cahors. Directeur Marketing de l’IUVC depuis octobre 2006, Jérémy Arnaud décline ainsi un credo qu’il résume par « le Cahors ne se commande pas, il se recommande «. C’est le même principe qui a conduit l’union interprofessionnelle à s’associer au négociant en truffes Pébeyre, au Comité Départemental du Tourisme du Lot pour favoriser l’oeno tourisme ou à l’écrivain lotois Jean-Pierre Otte. « La nouvelle dynamique créée autour du Cahors ne doit pas être uniquement portée par les profession nels du vin, explique Jérémy Arnaud. Elle doit impliquer l’ensemble du département et avoir des retombées positives pour tous les acteurs qui s’engagent, depuis les professionnels du tourisme jusqu’aux restaurateurs, en passant par les collectivités territoriales et les organismes culturels «.L’UICV entend bien poursuivre le déve loppement de ce réseau de prescription dans les mois qui viennent et a notam ment programmé un voyage de presse aux Etats-Unis et l’organisation des pre mières rencontres internationales du Malbec au printemps 2008, à Cahors.
Douglas Pipe
directeur commercial de la SAS Cahors-Malbec
« Nous avons bâti un business plan et défini des objectifs de vente ; le but étant d’optimiser la gestion de nos stocks «

Dans les faits, cette stratégie passe par un travail de valorisation de l’image de marque du vin de Cahors et par la création de gammes de rouges et de rosés adaptées aux différentes cibles de consommateurs visées. « Nous avons bâti un business plan et défini des objectifs de vente, le but étant d’optimiser la gestion de nos stocks. Pour cela, il est essentiel de réaliser,

en amont, des études qui nous permettent de mieux appréhender les attentes de nos clients et prospects. Concrètement, nous avons par exemple organisé sur le salon Vinexpo une dégustation d’une sélection de trois vins rouges du millésime 2005 et de trois vins rosés du millésime 2006 «, précise Douglas Pipe. En France, où les produc teurs réunis au sein de la SAS Cahors-Malbec réalisent actuellement 85 % de leurs ventes, le directeur commercial entend promouvoir davantage le label Cahors AOC dans les linéaires de la grande distribution. L’autre priorité est, bien sûr, de développer les ventes à l’ex port, sous l’appellation Malbec beau coup plus connue que le nom de Cahors sur les marchés étrangers. « Nous ciblons les Etats-Unis et la Chine, mais égale ment les différents pays d’Europe pour les ventes en vrac et en bouteilles. On ne le sait pas assez mais le Malbec ne pousse ni en Italie ni en Espagne…«, conclut le responsable.
Douglas Pipe a vécu dans différentes régions du monde. Depuis mai dernier, il est le nouveau directeur commercial de la SAS Cahors-Malbec, une structure créée il y a huit mois, présidée par Arnaldo Dimani, et qui fédère 68 adhérents, dont 65 vignerons (Le Cèdre, Château Lamartine, Château Montplaisir, Domaine du Bout Du Lieu…) sur 1 000 hectares, ainsi que des prestataires spécialisés (société d’embouteillage, laboratoire d’œ nologie…). « J’arrive ici avec un regard extérieur, avec une vision différente des choses liée à mon expérience profession nelle «, explique-t-il. De fait, originaire du nord de la Grande Bretagne, Douglas Pipe a grandi au Québec et est titulaire d’un MBA en marketing international. Ce poly glotte, qui parle couramment le Français, l’Anglais, l’Espagnol et l’Italien, a notamment contribué à développer les ventes à l’export des vins du Sauternais, avant de s’installer dans le Lot. « Le challenge est passionnant, car ici tout est à construire. Notre mission est d’insuffler une nouvelle dynamique commerciale et marketing afin d’ouvrir de nouveaux marchés aux producteurs «, ajoute Douglas Pipe.
Anthony & Yann Janicot
Un partage des tâches très naturel

A 25 ans, le fils cadet d’Alain Janicot, très actif président de la Mémée du Quercy, trouve son bonheur dans les vignes et les chais. Homme de terrain, sur les épaules d’Anthony reposent la réussite des grands crus d’aujourd’hui et de demain. Pourvu d’un bac pro viticulture œnologie et d’un BTS décroché au lycée du Montat, il a hérité l’an passé des deux vignobles familiaux : à Saint-Michel-de-Cours, domaine de Matelle, un hectare et demi en rouge classé Vin de pays du Lot ; et un hectare en blanc, cépage chardonnay, pour une micro-cuvée expérimentale qui sera étendue dans l’avenir. A Trespoux, domaine de Mériguet, dix hectares de vignes âgées de trente à quarante ans, sur l’appellation AOC Cahors.

« Issu d’une famille de négociants, je suis le premier à remonter vraiment vers l’univers de la vigne et de la viticulture. Désormais, grâce à une dérogation, les deux vignobles sont vinifiés dans nos chais de Valroufié, hors de la zone d’ap pellation. Ici, nous avons réalisé de gros investissements en matière de cuveries. Nous avons le projet d’agrandir afin de séparer la vinification et l’élevage en barrique : c’est indispensable «, explique ce jeune homme concentré sur son métier. Plusieurs fois récompensé au Concours national agricole pour ses vins de pays, une petite production de 100 hectolitres, Anthony Janicot veut résolu ment s’attaquer à l’AOC : ralentir la rota tion, garder du stock afin de pousser plus loin l’élevage en barrique, développer une grande cuvée apte à briguer les médailles.

« Il faut s’adapter à la demande, conserver la qualité tout en produisant des vins aux tanins bien fon dus, plus faciles à boire, avec un fruit bien présent. A nous de travailler nos vins pour une clientèle qui les garde moins longtemps en cave. Du côté du vrac, le marché des bag-in-box explose dans la mesure où l’on reste attentif à la qualité «, admet le jeune viticulteur. Son frère Yann, 33 ans, a choisi de creuser le sillon familial du négoce. A la Mémée du Quercy, la clientèle vins est composée à 95 % de particuliers rencontrés sur les salons, dans les boutiques (la dernière en date vient tout juste d’ouvrir ses portes à Paris) ou sur le site Internet. Depuis tou jours, la maison privilégie la relation directe, le conseil éclairé et la dégustation festive au comptoir d’une bonne bou teille magnifiée par un foie gras, plutôt que les méthodes commerciales agres sives. Dans le même esprit, les nectars sont travaillés dans le sens de la consom mation-plaisir, de la convivialité ou du vin-apéritif. Dans les paniers des ama teurs, les cuvées traditionnelles à cinq euros, dominantes il y a dix ans, sont aujourd’hui avantageusement rempla cées par des cuvées prestiges à dix euros. D’où il ressort que ce qui a été perdu en volume a été gagné en chiffre d’affaires.

« Les consommateurs n’hésitent pas à monter en gamme, buvant moins mais meilleur. Dans cette démarche, Alain-Dominique Perrin a été visionnaire en osant positionner un cahors à quinze euros «, souligne-t-il. Quand la qualité augmente, il est normal que chacun des acteurs tente d’en tirer bénéfice. Appuyés sur une charte sévère, 27 viticulteurs de l’appellation – ils sont neuf dans l’associa tion Mémée du Quercy – se serrent les coudes dans ce sens. Il faut maintenant s’attacher à l’indispensable communica tion, afin que le cahors se distingue du lot et affirme son image. « L’idée du Black Wine est excellente : cela élargit la palette des couleurs tout en identifiant le cahors. Il y a quinze ou vingt ans, nos vins étaient en exergue dans les brasseries parisiennes. Ils peuvent revenir au premier plan, comme en témoigne la satisfaction des clients quand ils prennent la peine d’y goûter «, confie Yann Janicot.

Olivier & Pascal PiÉron
Anticiper, imaginer les méthodes de demain
Voici huit ans, les frères Piéron ont repris la belle maison Reutenauer. Tout naturellement, eux aussi ont choisi d’ajouter à l’activité négoce pur une maîtrise personnelle du volet production : deux châteaux portent aujourd’hui leurs noms sur la zone AOC Cahors, Rouffiac et Bovila. Soit une cinquantaine d’hec tares, plus une part en fermage.

« Sur nos deux vignobles, nous sortons neuf cuvées différentes, fruits d’autant de méthodes de vinification. Pour nous, l’une des solutions est là : diversifier au maximum pour répondre à des goûts très variés. Quand certains clients recherchent des cuvées boisées, d’autres, comme par exemple la restauration rapide, souhaitent des vins de pays faciles à boire. Autre cas de figure : nous proposions un rosé sec, alors que la demande allait vers un produit plus moelleux. La encore, nous avons su le mettre sur le marché «, explique Olivier Piéron. Il mesure tout le travail collectif qui attend l’appellation pour redorer le blason du Cahors : lors des salons, il observe ces consommateurs qui ne font que passer, ayant une image faussée, encore alourdie

par la réputation des Cartes Noires d’antan. « C’est un vieux débat, un travail de fond qu’il faudra bien faire un jour. Levrac devrait être conditionné sur place afin de mieux maîtriser la qualité et l’image «,rappelle Olivier Piéron. Selon lui, l’avenir du Cahors AOC et des Vins de pays du Lot est dans leur complémentarité. Du blanc au noir, en passant par le rosé et le rouge, le clavier doit être étendu au maximum. A l’image du rosé malbec, que seule la région de Cahors peut produire et signer, aux côtés des grands AOC traditionnels. Au plan des ventes de la maison Reutenauer, la proportion est d’environ 70 % d’AOC et de 30 % en Vins de Pays. Ces derniers sont essentiellement présentés en bag-in-box.La boutique Cahors-Saveurs, près de la Chartreuse, propose quelque 60 cahors différents aux côtés des foies gras et produits d’épicerie fine. Bientôt, une part d’activité commerciale va s’orienter vers les comités d’entre prise. La maison Reutenauer fournit quelques enseignes de la grande distribu tion comme le groupe Casino France, la GMS régionale, l’hôtellerie-restauration ainsi que le réseau des cavistes et gros sistes. L’export demeure à travailler. Quant aux résultats, ils reflètent une croissance de près de 20 % : « Mais il a fallu se démener pour aller la chercher «, commente le négociant, dans un contexte où la situation se dégrade régulièrement depuis les années 2000.

« J’espère que la situation va s’assainir. Des vignerons disparaissent, des jeunes arrivent. Je crains surtout pour ces vignobles qui passent aux mains de sociétés parisiennes : où seront les vertus de la conviction, de l’enracinement dans une culture ? « s’interroge Olivier Piéron.

Jean Treil
Président de la cave Côtes d’Olt
« Autrefois, on venait nous acheter du vin. Aujourd’hui, il nous faut le vendre. «
D’abord les chiffres : la cave coopé rative Côtes d’Olt fédère aujour d’hui 200 adhérents sur 1 020 hectares de surface, soit près de 25 % de la surface de l’AOC, et produit annuellement 60 000 hectolitres de vin. Des chiffres significatifs à l’échelle régionale, mais qui le sont peu dans le contexte d’un marché international. « Toutes les analyses pointent du doigt l’éclatement de la filière viticole française et des structures de production qui n’ont pas la taille critique pour aborder le marché mondial. La situation est particulièrement préoccupante en Midi-Pyrénées «, affirme Jean Treil, Président de la cave Côtes d’Olt. Fort de ce constat, ce dernier s’est rapproché l’été dernier de trois autres caves coopératives – les caves de Técou et de Rabastens pour le Gaillac et la Cave de Fronton – afin de fonder en commun Vinovalie, avec le soutien du Conseil Régional, une structure de coopération viticole dont le nom témoigne de son ancrage territorial aux « Terres d’Ovalie « du Nord Toulousain. Objectif de cette initiative : mutualiser la gestion et les coûts pour conquérir de nouveaux clients, en particulier à l’export. « Nous ne faisons que mettre en œuvre ce qui a déjà été accompli dans d’autres régions pour s’adapter à la nouvelle donne du marché. Autrefois, on venait nous ache ter du vin. Aujourd’hui, il nous faut le vendre. Or il est difficile pour une petite structure de rentabiliser une force com merciale «, estime Jean Treil. En l’occurrence, la nouvelle entreprise Vinovalie, dont il est le Président, fédère 659 adhérents et affiche un volume de production annuel de 275 000 hecto litres. Elle réalise un chiffre d’affaires consolidé de 34 millions d’euros avec 130 salariés. « Dans un premier temps, nous avons constitué au sein de Vinovalie un pôle de forces commer ciales et marketing, en charge du déve loppement, de la qualité, du suivi commercial… A terme, l’objectif est de mutualiser également notre logistique et nos flux de production «, ajoute-t-il, tout en précisant que les premières retombées de cette initiative sont d’ores et déjà sensibles sur les ventes à l’inter national. « L’export était marginal dans le chiffre d’affaires de la Cave d’Olt, car jusqu’alors nous n’avions réalisé que très peu d’investissements par manque de moyens. « Parmi les pays cibles de Vinovalie figurent notamment le Canada, le Japon et la Chine où une joint venture avec un partenaire local est en cours de création. Pour séduire les marchés étrangers, la cave Côtes d’Olt a notamment lancé en juin, sur le salon Vinexpo, une gamme de vins AOC dont l’étiquette teintée de beige et de jaune pâle arbore les noms de Malbec de France et de Cahors.
Laurent NominÉ
Président de la Fédération Départementale des VigneronsIndépendants du Lot
« Nous devons être solidaires et accorder notre stratégie de communication. »

Créée en 1982, la Fédération Départementale des Vignerons Indépendants du Lot rassemble 120 vigne rons, dont une centaine de producteurs de Cahors. Au-delà de son rôle de défense des intérêts de la profession, cet organisme travaille activement à promotion des pro duits des vignerons en organisant des manifestations, à l’image de la Fête du vin qui rassemble chaque année à Puy l’Evêque plusieurs milliers de visiteurs. Autre initiative originale, lancée les 2 et 3 juin derniers : le 1er Rallye des vignerons indépendants du Lot dans le cadre d’une jour née portes ouvertes dans les domaines. « Une centaine de voitures anciennes a pris le départ du Château du Cayrou pour un circuit découverte du vignoble et du patrimoine, ponctué de dégustations et d’animations », raconte Laurent

Nominé, Président de la Fédération Départementale des Vignerons Indépendants du Lot. De la même manière, favoriser le développement à l’international constitue un chantier prioritaire. Ainsi, la Fédération s’est dotée dès juillet 2005 d’une commission export chargée de mettre en œuvre des opérations commerciales à l’étranger. Elle propose également des forma tions sur la stratégie de vente à l’export et permet à ses adhérents de participer en commun à des salons professionnels de renommée internationale. « La viticulture telle qu’on la pratiquait autrefois n’est plus viable. Qui vend encore du vin en vrac en direct aujourd’hui ? Notre filière est en pleine restructuration, tous les acteurs sont concernés. Nous devons être solidaires et accorder notre stratégie de communication », estime le Président de la Fédération Départementale des Vignerons Indépendants du Lot, qui travaille en collaboration avec l’Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors. Elle s’est également rapprochée du Comité Départemental du Tourisme et, suite à un partenariat tissé avec la société France Passion, une cinquantaine de ses adhérents propose désormais aux touristes en camping car un accueil à la propriété.