Votre message a été correctement envoyé !
contacter la rédaction web marquer dans vos favoris  
 
numero en cours
[ Lire le magazine ]
 
 

A la UNE Magazines Dossiers Partenaires Liens  
 

 
Entreprendre CCI du Lot n°135
SEM LDA
le nouvel outil du développement économique lotois
L’acronyme LDA en évoque inévitablement un autre : ALD, pour Agence Lotoise de Développement. La similitude n’est pas neutre, car Lot Développement Aménagement a effectivement succédé à l’ALD en mai 2006. Pour le reste, la nouvelle structure a peu de points communs avec celle dont elle prend le relais, qu’il s’agisse de la forme juridique, des missions, des objectifs, des moyens ou des acteurs impliqués dans son capital. Le fait qu’il existe un capital est d’ailleurs l’évolution fondamentale : LDA est une société d’économie mixte, ce qui implique qu’elle a la forme juridique d’une société anonyme et qu’elle relève comme toute SA des règles de la concurrence. Autre grande différence : le nombre d’intervenants. Quand l’ALD restait très largement liée au Conseil Général du Lot, LDA compte près de 40 actionnaires, dont les principaux sont le Conseil Général du Lot (majoritaire), la Caisse des Dépôts et Consignations, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Lot, les principales banques régionales et les 24 Communautés de Communes du département.

Cette diversité des acteurs impliqués amène à parler de l’essentiel : les missions de LDA. En l’occurrence, la première motivation de sa création était d’aller au-delà de la promotion et de la prospection pour que le département dispose d’un outil opérationnel qui associe le développement économique aux activités d’aménagement. En d’autres termes, à chaque projet de création de zone d’activités ou d’implantation d’entreprises doit répondre un programme d’aménagement qui anticipe les besoins générés en termes de transports, de logements, d’établissements scolaires ou de santé, etc.

Autant d’équipements pour lesquels une société d’économie mixte (SEM) peut intervenir en tant que maître d’ouvrage. Si l’utilisation des SEM reste limitée dans le Lot (le département n’en compte que trois), elle est désormais très répandue au niveau national : il existe en effet 1 130 SEM en France et près de 60 en Midi-Pyrénées, principalement dans les domaines des services, de l’aménagement et de l’immobilier. Au final, la principale force des SEM est de réunir les principaux acteurs publics et privés du développement économique et de coordonner des initiatives auparavant isolées, quand elles ne se révélaient pas concurrentes. Explications.

Les actionnaires de la société d’économie mixte Lot Développement Aménagement

  • Conseil Général
  • Les 24 Communautés de Communes du Lot
  • Caisse des Dépôts et Consignations
  • Chambre de Commerce et d’Industrie
  • Banques (Banque Populaire Occitane, Crédit Agricole Nord Midi Pyrénées, Caisse d’Epargne Midi-Pyrénées, Dexia-Crédit Local)
  • Offices HLM (Polygone, Lot Habitat, SA des Châlets)
  • Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics
  • Chambre de Métiers et de l’Artisanat
    • Association des Elus
    • Syndicat des Architectes
Henri HÉrail Directeur GÉnÉral DÉlÉguÉ de la SEM Lot DÉveloppement AmÉnagement :
« Le développement économique se nourrit d’abord de partenariats intelligents »
Tarnais d’origine, Henri Hérail a participé au lancement et au succès de la SEM 81. Nommé à la direction de la toute jeune SEM Lot Développement Aménagement l’été dernier, il s’explique sur les missions et les objectifs de la structure.
Pourquoi la Société d’Economie Mixte LotDéveloppement Aménagement a-t-elle été créée ?

Henri Hérail : La manière la plus juste de présenter notre mission est de la comparer à celle d’un chef d’orchestre : nous organisons, nous faisons intervenir les uns et les autres suivant le rythme d’avancement des projets et en fonction de leurs compétences. Plus concrètement, notre premier rôle est de mettre en place des partenariats intelligents avec les différents acteurs du développement économique du département. Le terme de « partenariat » est essentiel pour bien appréhender la fonction de Lot Développement Aménagement : nous ne nous substituons à aucune des structures existantes. Au contraire, notre valeur ajoutée consiste à identifier les besoins et à placer en face les prestataires les mieux adaptés pour y répondre.

Comment créer ce nouvel équilibre ?

Henri Hérail : Le meilleur moyen d’y parvenir est de placer l’intérêt général au centre de toute action et d’affirmer que l’objectif qui supplante tous les autres est la réussite du projet,

et non de savoir qui a contribué à faire quoi. En la matière, notre premier atout est d’avoir réuni dans cette société d’économie mixte tous les acteurs décisionnaires pour le développement économique du département : le Conseil Général, les 24 communautés de communes, la Chambre de Commerce et d’Industrie, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, ainsi que les principales banques, l’association des élus du Lot , le syndicat départemental des architectes, la Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics ou encore les organismes HLM. La création de ce vaste groupement de bonnes volontés était la première condition pour mettre en place, projet par projet, des partenariats actifs. Dans tous les cas, nous n’intervenons directement que si nous devons combler une lacune. Par définition, la majorité des projets donne lieu à la mise en place de collaboration avec des structures spécialisées qui confortent notre approche globale des sujets à traiter. L’idéal est que tous les acteurs partagent cette vision car, lorsque c’est le cas, les sociétés d’économie mixte se révèlent être des outils d’une efficacité remarquable, ce qui explique d’ailleurs leur succès dans la plupart des pays d’Europe.
De quels moyens disposez-vous en termes d’effectifs et d’outils de communication ?

Henri Hérail : Rappelons tout d’abord que la SEM LDA a un statut de société anonyme : elle doit donc respecter des budgets et atteindre au moins un équilibre financier. Les moyens mis en place correspondent donc au chiffre d’affaires que nous programmons de réaliser, qui sera d’environ 1 million d’euros en 2008. 1/3 de ce chiffre d’affaires sera lié aux opérations d’aménagement, 1/3 aux activités de construction et 1/3 pour les prestations liées au développement économique et l’appui aux entreprises. La création de LDA a été entérinée en mai 2006 et la structure a démarré son activité en août. Depuis, nous avons constitué une équipe, qui compte désormais 11 personnes, dont des chargés de mission et d’opérations, des responsables de la gestion des marchés, des finances et des ressources humaines ou de l’animation des pépinières. De plus, la SEM s’appuie sur la fédération des SEM, sur le groupe de la Caisse des Dépôts et Consignations et sa filiale technique SNI-SCET. La première action de communication de la SEM est de concevoir un site Internet, qui sera ouvert au début du printemps et une plaquette qui explicitera ses missions. Au-delà, nous avons mené depuis l’été un travail d’explication auprès du plus grand nombre,

ce qui explique que je parcours chaque mois plus de 6000 kilomètres dans le département…

La notion d’aménagement que vous mettez en avant recouvre à la fois le développement économique, l’immobilier d’entreprise, la construction de logements ou des chantiers de maisons de retraite et d’établissements scolaires : quel est le fil conducteur de ces activités multiples ?

Henri Hérail : C’est justement cette indispensable notion d’aménagement au sens large. Le jour oú elle inaugure une zone d’activité de plusieurs hectares, toute collectivité territoriale ne peut que se réjouir des perspectives ouvertes. Mais si rien n’a été suffisamment prévu pour le transport, pour loger les salariés et pour scolariser les enfants, pour l’implantation de commerces, de maisons de retraite ou de centres de soins, l’expérience a montré que les projets les plus prometteurs pouvaient devenir de cinglants échecs. C’est pour atteindre cette vision globale que le champ de nos interventions doit être aussi large et qu’il doit s’appuyer sur des synergies fortes. Un de nos principaux rôles est d’aider les collectivités à monter leurs projets et à trouver les meilleurs interlocuteurs.

A quelle échéance les actions de Lot Développement Aménagement seront-elles visibles pour le plus grand nombre ?

Henri Hérail : Notre action est déjà connue par tous ceux qui sont impliqués dans le projet et, au-delà, par de nombreuses entreprises et établissements. Par ailleurs, plusieurs des projets préparés au second semestre 2006 vont se concrétiser durant cette année. C’est par exemple le cas pour l’implantation de l’entreprise de mécanique de précision PMA sur le site de QUERCYPOLE à Cambes, près de Figeac, dossier sur lequel nous avons d’ailleurs travaillé en partenariat avec l’ensemble de nos partenaires pour apporter une réponse globale (finance ment, accueil, immobilier). Il s’agit en l’occurrence d’un exemple concret d’aménagement dans la mesure oú, au-delà du local industriel, cette entreprise arrive du Val d’Oise avec treize familles. Plusieurs dizaines d’autres dossiers seront lancés dans les domaines de la prospection, des études, de l’animation, de l’aménagement et de la construction. Dans tous les cas, notre impératif est de conserver une vision prospective des projets, sachant qu’il faut plusieurs années entre la décision de créer une zone d’activité et l’installation des entreprises. LDA a pour vocation d’anticiper les différents besoins que génère un projet de ce type à l’horizon de « Lot 2020 ».

Vous occupiez des fonctions similaires dans le Tarn, au sein de la SEM 81 : cette expérience vous permet-elle de mieux appréhender les forces et les faiblesses du Lot ?

Henri Hérail : La seule véritable fai blesse – et c’est vrai oú que l’on se trouve – serait le réflexe de l’autarcie et l’absence de synergies. Nos premiers mois de travail nous laissent à penser que le Lot ne souffre pas de ces maux là. C’est essentiel car l’enjeu est de taille : si les atouts du Lot en matière de tourisme et de qualité de vie sont reconnus, il doit désormais s’imposer davantage face aux concurrents limitrophes et afficher sa force économique, industrielle, sa capacité à se projeter dans l’avenir dans le respect de l’harmonie de son territoire. Par exemple, le Lot a probablement besoin de points d’accroches forts sur l’axe de l’autoroute A20, les entrées des principales villes doivent encore être valorisées et, dans tous les cas, il importe de veiller à la pérennité des projets sur le long terme. Autant de sujets sur lesquels des réflexions sont menées avec les différents acteurs : l’enjeu consiste à se mettre au travail tous ensemble et je suis heureux que ma demande de partenariat, auprès de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Lot notamment, ait reçu un accueil aussi favorable. La complicité entre les hommes puis entre les structures et les entreprises est indispensable pour la réussite du développement et de l’aménagement de ce département.

Robert Vitrat, Vice-Président de la SEM Lot Développement Aménagement,représentant de la CCI du Lot :
«Chacun peut tirer le meilleur profit de cet outil performant»

« On sait parfaitement identifier tout ce que peut souhaiter un porteur de projet en attente d’installation : encore fallait-il coordonner toutes les réponses dans un système cohérent et efficace. Je pense que Lot Développement Aménagement propose une solution pertinente. » C’est ainsi que Robert Vitrat, Vice-Président de la SEM LDA, résume les qualités du dispositif. En effet, une entreprise qui veut s’installer, se créer, s’agrandir ou se transmettre, doit pouvoir s’appuyer sur une structure propre à faciliter ces opérations et, surtout, mobiliser les aides nécessaires et disponibles. « Construire, conduire un projet immobilier, assurer une maîtrise d’ouvrage, animer une zone d’activités ou une pépinière d’entreprises, sont des activités que peut prendre en charge un organisme tel que la SEM LDA », précise Robert Vitrat. Le vice-président se félicite de l’implication de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Lot et de l’appui obtenu, au départ, par la SEM équivalente dans le Tarn. Il illustre son propos, et cite deux exemples encourageants à ses yeux : « La cession des anciens chais de Caillac, appartenant au château Lagrézette, à l’entreprise Phyt’s dirigée par Thierry Logre, a pu se réaliser avec l’appui de la SEM du Tarn. D’un autre côté, la SEM LDA a favorisé l’arrivée prochaine d’une entreprise de mécanique sur la zone d’activités de Cambes, en assurant l’ensemble de l’ingénierie d’implantation. Voilà, parmi d’autres, deux opérations qui, par leur exemplarité, montrent la voie des synergies possibles », ajoute Robert Vitrat. Reste à lancer cette jeune structure, qui n’a que quelques mois d’existence, vers sa vitesse de croisière. Sur la base de son expertise et de sa longue expérience de chef d’entreprise à la tête de Ratier-Figeac, nul doute que Robert Vitrat y veillera de façon très active.

André Mellinger,Vice-Président du Conseil Général du Lot et Président de la SEM Lot Développement Aménagement :
« LDA doit être un facilitateur de projets »

Selon André Mellinger, en passant de l’ancienne Agence Lotoise de Développement à la nouvelle SEM Lot Développement Aménagement, le département a tout d’abord « changé de braquet » : l’entrée dans le domaine concurrentiel est l’une des caractéristiques qu’il juge fondamentale. « Parmi les prérogatives de la nouvelle SEM, opérateur public, figurent des interventions visant à accompagner les communes et les structures communautaires dans des aménagements divers : cœurs de villages, petits lotissements, etc. A l’attention des entreprises, il fallait redimensionner notre action dans l’accueil et le conseil, les infrastructures, la proposition d’ateliers-relais ou l’aide aux collectivités pour aménager des zones d’activités », explique André Mellinger. Soumise aux règles du marché, LDA doit être performante et tabler sur son atout majeur : la connaissance du territoire départemental. « Toutes les communautés de communes sont membres de la SEM, aux côtés du Conseil Général, des chambres consulaires, des banques, de la Fédération du BTP. Aux entreprises, nous devons fournir des services non marchands, notamment sous la forme d’un soutien stratégique : Figeac Aéro doit s’agrandir sur la zone de l’Aiguille, PMA doit s’installer sur la zone d’activités de Cambes en pépinière puis en bâtiment-relais : il nous appartient de les assister par de l’accueil, du conseil et de l’expertise. Dans le même esprit, LDA est impliquée dans l’agrandissement de la zone d’activité de Lacapelle-Marival et s'engagera dans la création des futures zones d’intérêt départemental, telle que celle de Souillac, à proximité du futur aéroport », conclue André Mellinger.

SociÉtÉ d’Économie mixte
Mode d’emploi
Le Lot a pour l’instant créé peu de sociétés d’économie mixte : Lot Développement Aménagement devient la troisième structure de ce type dans le département. Pour autant, les SEM connaissent un succès croissant au niveau national (la France en compte 1 130) et européen (16 000 ont été créées dans l’Union Européenne). Explications.
A quoi servent les sociétés d’économie mixte ? La meilleure réponse est apportée par l’historique de ces structures associant des acteurs publics et des entreprises privées. Le concept n’est en effet pas nouveau : les ancêtres des SEM sont apparus dès 1895 en Alsace Moselle et étaient donc à l’époque des sociétés de droit allemand. Leur véritable essor date de 1926, au lendemain de la guerre, lorsque les décrets-lois Poincaré autorisent les communes à prendre jusqu’à 40 ‰ du capital de sociétés de construction de logements sociaux et d’exploitation de services publics, notamment dans le transport. Le but était alors de permettre aux communes de palier les défaillances d’un secteur privé encore largement désorganisé par le conflit. Logiquement, le dispositif est encore renforcé après la seconde guerre mondiale et, en 1955, l’Etat étend les missions des sociétés d’économie mixte à l’aménagement et porte le plafond de leur participation au capital de 40 ‰ à 65 ‰. La France compte alors 350 SEM. Une nouvelle étape est franchie en 2002 : la participation des collectivités locales peut alors atteindre 85 ‰ du capital. Depuis 2005, les SEM sont par ailleurs soumises aux règles de la concurrence, et les contraintes liées à la composition du capital sont une nouvelle fois assouplies. Ces évolutions successives expliquent la multiplication des SEM en France, mais également en Europe : le principe de ces structures ayant été repris dans la plupart des pays de l’Union.
59 SEM en Midi-Pyrénées
Si la région se situe dans la moyenne nationale en ce qui concerne le nombre de SEM (59), ces structures sont principalement localisées en Haute-Garonne et dans les Hautes-Pyrénées. Les deux départements réunissent à eux seuls 62 ‰ des sociétés d’économies mixtes régionales. En l’occurrence, le Lot est aujourd’hui doté de 3 SEM : Fidetour, Solveroc et Lot Développement Aménagement. Aujourd’hui, les deux tiers des SEM de Midi-Pyrénées sont actives dans les services, tels que la gestion de services urbains, d’équipements ou de centre de congrès et, surtout, l’exploitation d’équipements touristiques (le grand nombre de SEM en Haute-Garonne et dans les Hautes-Pyrénées est ainsi expliqué par les choix des stations de sports d’hiver). Au-delà, les SEM de Midi-Pyrénées sont surtout actives dans les domaines de l’aménagement et de l’immobilier. Ensemble, elles ont généré un chiffre d’affaires de 237 millions d’euros en 2005 pour un effectif de plus de 1 600 salariés.

Commerce alimentaire
Comment faire dans le détail
Les chiffres sont éloquents : au cours des vingtdernières années, un tiers des épiciers, des bouchers et des boulangers du département ont disparu. Qu’est-il arrivé à tous ces professionnels, dontles commerces animaient les bourgs ruraux ? Longtemps – il faut se souvenir que cette évolution aété amorcée voilà plusieurs décennies – ce déclin aété expliqué par l’incapacité des commerçantsdétaillants à s’adapter et à imaginer les offres ou les services spécifiques qui répondraient mieux aux attentes de leur clientèle, souvent rurale et vieillis sante. A l’inverse, et sans plus de pertinence, la facilité conduisait à faire du consommateur le premier responsable. De ce point de vue, il appartiendrait aux habitants des villages de réserver une part de leurs achats à ces commerçants de proximité, dont ils ont parfois eux-mêmes réclamé l’installation. Ce serait une question de logique élémentaire.

Dans les faits, la principale évolution de ces dernières années est que les professionnels du commerce alimentaire de détail sont mieux armés pour comprendre ce qui leur arrive et pour retrouver une vraie place dans le paysage commercial du Lot. Il est en effet impossible d’opérer des choix pertinents sans connaître et comprendre les changements des habitudes de consommation.

Pour mieux s’en convaincre, faisons appel à un exemple issu du commerce non alimentaire. Au cours des années 70,

les commerçants de chaussures ont commencé à s’inquiéter de la baisse des ventes de chaussons de type « charentaises ». Alertés, les fabricants français ont d’abord désigné la concurrence d’autres modèles fabriqués à l’étranger et ont massivement baissé leurs tarifs. La riposte fut sans effet et la chutedes ventes s’accentua dramatiquement au cours desannées 80, au point que toute l’industrie de la charentaise était sur le point de péricliter. Il fallut attendre lafin des années 90 pour comprendre les raisons de ce déclin. En fait, la faute ne revenait ni aux commerçants ni aux fabricants. Plus simplement, la moquette avait envahi les foyers français et rendait l’usage de la charentaise inutile. Pour mémoire, rappelons d’ailleurs que ces confortables chaussons se vendent à nouveau comme des petits pains, pour la bonne raison que la moquette est de moins en moins prisée…

Ce cas d’école n’a qu’une utilité : réaffirmer qu’il est vain d’expliquer la disparition des commerces alimentaires de détail par un manque de professionnalisme, alors que la véritable explication est plutôt que ces commerçants n’ont pas pu anticiper les modes de consommation et d’achat de leurs clients.

Au-delà d’un état des lieux complet et sans concession, ce dossier, qui se focalise sur les magasins de moins de 300 m2, donne la parole à des commerçants qui trouvent les moyens de réinventer leur profession.

Nombre de communes du Lot équipées :
  • d’au moins un commerce de boulangerie pâtisserie: 86
  • d’au moins un commerce de boucherie charcuterie: 44
  • d’au moins un commerce d’alimentation générale de moins de 300 m2 ou d’un commerce ayant un rayon épicerie : 88
Le commerce de détail alimentaire à la loupe
Oú en sont les petits commerces alimentaires dans les villes et les villages du Lot ? Quelles solutions peuvent être imaginées pour leur donner une nouvelle vigueur ? Avant de répondre à ces questions, il reste essentiel de se référer à un constat détaillé.
Le Lot compte huit pôles commerciaux principaux, depuis le plus important, Cahors-Pradines, jusqu’au plus modeste, Puy-l’Evêque. Ensemble, ces huit pôles regroupent 53,6 ‰ de l’activité commerciale du département. Distinguons ensuite les communes qui disposent encore de l’éventail complet des commerces de détail : pharmacie, alimentation générale, boulangerie-pâtisserie, boucherie-charcuterie, tabac, point presse, café et salon de coiffure. Elles sont 28 dans ce cas, et 19 d’entre elles sont des chefs-lieux de canton. Leur population va de 2 000 habitants (Biars-sur-Cère) à 350 (Saint-Géry). Les pharmacies sont sou vent la clé de voûte de ces bourgs-centres : leur rôle est renforcé par la réglementation qui limite le nombre des officines, favorisant autour d’elles des petits pôles actifs. Au niveau inférieur, le Lot recense quelques micro-centres, communes qui disposent au minimum des trois commerces de bouche : épicerie, boucherie et boulangerie. Parfois, ces trois activités sont regroupées au sein d’un multiple rural. Si on analyse l’évolution ces six dernières années concernant ces villages, quelques constats s’imposent :
  • A Frayssinet-le-Gélat (385 habitants), la boucherie a fermé ses portes en 2003 mais les élus ont un projet de multiple rural.
  • A Mauroux (419 habitants), la boucherie et la boulangerie ont fermé fin 2004, mais le multiservice s’est agrandi. Il propose désormais un rayon viande et assure un dépôt de pain.
  • A Sauzet (409 habitants), on trouve une boulangerie et une épicerie-presse qui commercialise de la viande.
  • A Vers (398 habitants), le commerce d’alimentation-presse a créé un rayon viande en 2005, compensant la fermeture de la boucherie.
  • Depuis 1998, Miers a perdu sa boucherie.
  • A Concots, les commerces d’alimentation et de boucherie ont fermé.

Entrons, par secteur commercial, dans le détail de l’état des lieux : le tableau ci-dessous indique assez l’érosion des points de vente. En alimentation générale, héritière des épiceries d’antan, le chiffre est passé de près de 300 à moins de 200. Entre 1988 et 1993, trois raisons majeures ont accéléré le déclin puis la cessation de nombreuses petites affaires :

  • La restructuration des groupes d’entreprises a entraîné la disparition de succursalistes et de commerces en franchise.
  • La fermeture définitive des points de vente suite au départ à la retraite des commerçants.
  • Le développement de la grande distribution alimentaire.
Dans le même temps, il faut noter que les enseignes qui proposent des produits régionaux connotés « terroir » (y compris les vins) ont quasiment doublé en nombre. Les commerçants installés dans le Lot, département attirant de très nombreux touristes friands de ces fleurons gastronomiques, doivent savoir jouer cette partition vertueuse. Sur les 203 commerces alimentaires répartis dans 87 communes, hors boulangeries et boucheries que nous analyserons plus loin, il faut opérer une nouvelle distinction : tandis que les alimentations générales et supérettes perdent du terrain, les épiceries fines, bio ou spécialisées terroir en gagnent, ainsi que celles qui proposent des vins et boissons, les chocolateries ou les confiseries. Quant aux magasins de fruits et légumes, les crèmeries et les poissonneries, ils maintiennent à peu ou pour leurs positions depuis 1999. En terme d’effectifs, on considère que ces 203 commerces, suivant leurs diverses formes juridiques, font travailler plus de 320 personnes dans le département, en comptabilisant les salariés et les non salariés. Autre donnée importante : trois commerçants sur quatre ont entre 40 et 60 ans. D’ores et déjà, un commerce sur trois a été repris voici moins de trois ans. Une statistique plutôt rassurante, qui vient rappeler que des professionnels venus d’ailleurs n’hésitent pas à racheter des magasins d’alimentation dans le département. A titre d’exemple, rappe lons que dans la vallée du Lot, entre Laroque-des-Arcs et Cénevières, absolument tous les commerces de ce type ont été repris récemment par des néo-lotois. Au rayon boucheries-charcuteries, au premier examen, la situation n’est guère florissante : 37 enseignes ont disparu du paysage entre 1999 et 2005. Les causes sont faciles à comprendre, sinon à com battre : le développement de la concurrence de la grande distribution, qui a pris la main sur 78 ‰ du marché, l’arrivée sur le marché des coopératives agricoles qui pratiquent la vente directe ou encore l’obligation de moderniser les points de vente en prenant en compte des normes européennes très sévères, notamment pour les laboratoires de découpe. De ce fait, les reprises se révèlent plus difficiles que dans les autres activités alimentaires, sans compter que le métier, de par les contraintes qu’il impose, a une réputation de pénibilité plus grande. Sur la base de ces constats, on ne s’étonnera pas de constater que 66 emplois ont été perdus dans le secteur en six ans. Pourtant, ici ou là, quelques contre-exemples incitent à un certain optimisme : à Saint-Céré et Lacapelle-Marival, de jeunes bouchers arrivés d’ailleurs ont racheté et plusieurs reprises familiales la clé sous la porte. En analysant les raisons de ces fermetures, on découvre des causes très variables : départ en retraite ou décès du chef d’entreprise, difficultés de gestion, évolution du marché et de la concurrence, regroupement de magasins, éventuelles reprises alourdies par de nécessaires mises aux normes d’hygiène. Pour illustrer ces propos, citons deux institutions locales qui ont dû récemment cesser leur activité : Lidon à Cahors et Vieillefond à Martel. A Cahors encore, deux boulangeries ont fermé, confrontées à des difficultés de gestion, rue Wilson et avenue Maryse-Bastié. Par ailleurs, il n’y a plus de boulangerie dans des villages tels que Mauroux ou Laroque-des-Arcs. A Cahors et Figeac, l’apparition de terminaux de cuisson travaillant à partir de pâtes surgelées accentue encore la concurrence à laquelle sont soumis les boulangers traditionnels. Près de 600 per sonnes au total œuvrent dans les 165 bou langeries lotoises, présentes dans 85 communes, tandis que la majorité des chefs d’entreprise n’ont pas encore 40 ans. Globalement, la boulangerie résiste pour tant mieux que les autres commerces de bouche, notamment parce que le pain est un achat quotidien et que la pâtisserie doit être consommée au plus vite. Par ailleurs, les risques de pertes de marchandise sont moindres et la rentabilité dégagée est meilleure. De plus, les artisans-commerçants s’attachent à diversifier leurs produits, à créer des spécialités, à identifier la qualité grâce à des labels comme Croustilot ou à s’adapter à la montée en puissance du grignotage lors de la pause de la mi-journée. Beaucoup tendent à élargir leur champ d’action vers des rayons proches : pâtisserie, chocolaterie et traiteur. Ces efforts expliquent sans doute pourquoi les transmissions et reprises s’opèrent aujourd’hui plus facilement dans ce secteur.
Les conditions de la viabilité
Une épicerie rurale doit réaliser entre 150 000 et 180 000 euros de chiffre d’affaires au minimum. Pour être viable, elle doit dégager un bénéfice net de 8 à 10 ‰, soit 12 000 à 18 000 euros. Elle peut ainsi assurer une rémunération, mais probablement pas deux... Avis aux élus qui veulent implanter un multiple rural dans leur commune : à moins de 800 habitants, la survie du commerce reste très aléatoire, à moins qu’il soit situé dans une zone fortement touristique et qu’il puisse ainsi profiter en haute saison de la manne supplémentaire engendrée par la fréquentation touristique.
Le nombre de commerces alimentaires a diminué de 28,3 ‰ entre 1988 et 2005
Activité :
  • Alimentation :
    • 1988 : 296
    • 1993 : 240
    • 1999 : 181
    • 2005 : 203
    • évolution de 1988 à 2005 : -31,4‰
  • (dont de commerces de vin et produits régionaux :
    • 1988 : 24
    • 1993 : 25
    • 1999 : 30
    • 2005 : 46
    • évolution de 1988 à 2005 : +91,7‰
  • Boucherie, charcuterie
    • 1988 : 155
    • 1993 : 128
    • 1999 : 130
    • 2005 : 93
    • évolution de1988 à 2005 : -40‰
Activité :
  • Boulangerie, pâtisserie :
    • 1988 : 192
    • 1993 : 188
    • 2005 : 181
    • 2005 : 165
    • évolution de 1988 à 2005 : -14‰
  • Total :
    • 1988 : 643
    • 1993 : 556
    • 1999 : 492
    • 2005 : 461
    • évolution de 1988 à 2005 : -28,3‰

Ce sont clairement les bouchers et charcutiers qui ont payé le plus lourd tribut de la réorganisation du commerce alimentaire, avec une chute de 40 ‰ du nombre de points de vente. Les boulangers et pâtissiers affichent un recul bien moindre (- 14 ‰) et le nombre de commerces de vins et de produits régionaux,même s’il reste modeste,a quasiment doublé.

L’auto-diagnostic des commerçants lotois
Le fait de donner la parole à des commerçants lotois ne correspond en rien à un sondage : leurs témoignages sont autant de photographies, qui laissent apparaître la diversité, les espoirs et les projets de professionnels particulièrement exposés.
Jean-Pierre et Nathalie Magnes, enseigne Proxi à Saint-Géry : « Le professionnalisme est toujours payant »

A l’image de nombreuses épiceries de la vallée du Lot, celle de Saint-Géry a changé de main récemment, en l’occur rence en octobre 2005. Comme beaucoup d’autres, elle a été reprise par un couple de commerçants qui voulaient « changer d’air ». Grands voyageurs, après un détour par Narbonne oú ils étaient responsables d’une grande sur face, Nathalie et Jean-Pierre Magnes avaient d’excellentes raisons de poser leurs valises dans le Lot : ils possédaient depuis quelques années une maison familiale dans le canton de Saint-Géry.

« Nous postulions pour investir dans une grande enseigne, quand nous avons appris que l’épicerie oú nous avions nos habitudes était à vendre. Nous avons sauté sur l’occasion et acquis le fonds de commerce », explique Jean-Pierre Magnes. Très au fait des chiffres et des bilans grâce à son parcours professionnel, le néo-Lotois a vite mesuré le potentiel de cette enseigne Proxi. Aujourd’hui, le couple se dit très satisfait de son investissement, tant sur le plan financier que sur le plan humain. « Nous avons l’accord pour agrandir le multiple rural dont les murs appartiennent à la commune. Nous voulons organiser notre action en deux tranches de trois ans : la première pour affirmer notre professionnalisme,

la deuxième pour agrandir les locaux et proposer des produits jusqu’à présent absents sur la zone de chalandise », annonce Jean-Pierre Magnes. Ce commerce, créé en 1985, réalisait jusqu’ici la moitié de son chiffre durant les deux mois d’été : un déséquilibre difficile à gérer et qui limitait les perspectives de développement. L’une des premières tâches du couple est donc de mieux répartir le chiffre d’affaires sur l’ensemble de l’année, notamment en apportant davantage aux habitants du canton, en termes de prix, d’assortiments, de fraîcheur ou de services. «Nous avons négocié avec les fournisseurs pour des approvisionnements plus fréquents, tous les jours en fruits et légumes et deux fois par semaine pour les produits laitiers. D’autre part, nous valorisons sur présentoir les délices du proche terroir : foie gras, miel, pastis, vins du canton, farines du moulin de Cabrerets ou les produits Les Artisans Gourmands au Vigan », précise le chef d’entreprise. A quatre en haute saison - pour augmenter l’amplitude d’ouverture du lundi matin au dimanche midi – et à trois durant le reste de l’année, l’effectif est bien en place. Quelques services sont très appréciés de la clientèle, comme les livraisons à domicile, le Point Vert Crédit Agricole pour retirer de l’argent liquide, la presse et le gaz. Grâce à la notoriété due à un sérieux travail de fond, le bouche-a-oreille a accomplit son office. L’apport du professionnel, c’est aussi l’informatisation globale:

« Ainsi, on sait d’un seul regard ce qui marche ou non : c’est préférable pour bien définir les objectifs. Notre chiffre est en forte hausse, preuve que nous sommes sur la bonne voie », se réjouit Jean-Pierre Magnes.

Gisèle Germe, enseigne Midi-Prix à Cajarc : « La fleur pour la Toussaint, les portions pour les randonneurs »

Cajarc compte trois magasins d’alimentation, dont un Ecomarché, pour 1 160 habitants. Arrivée de la Vienne, Gisèle Germe est aux commandes du Midi-Prix depuis trois ans. En fait, elle a rejoint le village oú elle passe régulièrement ses vacances depuis 1988. « Cette région me plaît beaucoup. Je connaissais le magasin de Mme Luchini en tant que cliente. Quand elle a pris sa retraite, j’ai d’autant moins hésité que je venais d’être licenciée et qu’il fallait rebondir. L’ancienne propriétaire m’a beaucoup facilité la tâche les premiers mois », se félicite Gisèle Germe. L’épicerie réagencée avec l’aide de son mari, elle s’est lancée dans son nouveau métier avec la passion du contact pour sa clientèle. Le magasin propose également des articles funéraires et des fleurs, ce qui apporte un supplément de chiffre aux approches de Toussaint.

« Nous effectuons les livraisons, parfois directement au cimetière », explique la commerçante. Son enseigne fait par ailleurs office de dépôt de pain et livre le gaz, notamment pour les campeurs. Quand elle a pris les rênes, elle a aussi introduit des produits nouveaux et renouvelé le stock, dans les limites de 90 m2, sans possibilité d’agrandir. « Je m’approvisionne principalement auprès des établissements Bach mais je propose également les produits de nombreux petits producteurs locaux, notamment en fromage et charcuterie », précise Gisèle Germe. Satisfaite de son choix, la commerçante travaille en bonne intelligence avec le camping et espère beaucoup du village-vacances qui va être créé. L’été, elle reçoit par ailleurs beaucoup d’Anglais qui achètent du vin de Cahors. Enfin, à partir du printemps, les marcheurs sont nombreux sur le chemin de Compostelle : les Suisses et les Québécois sont friands des petits conditionnements, qu’elle garde à leur intention. Pour autant, elle confie sans détour que l’équation financière reste délicate : « l’activité permet d’assurer un salaire, mais il serait impossible de vivre à deux avec ce commerce. »
Philippe et Isabelle Baralis, enseigne Utile à Mauroux : « Une surface de vente doublée grâce à la mairie »

Installée à huit kilomètres des supermarchés de Fumel et Montayral, l’épicerie de Mauroux s’éteignait doucement. Il a fallu quelques concours de circonstance pour qu’un couple dynamique puisse en prendre possession et la relancer. Philippe Baralis, paysagiste dans la région de Grasse, avait perdu son emploi suite à un problème de santé, tandis que son épouse, en congé parental, s’occupait de leurs trois enfants. Pour trouver une nouvelle activité, ils ont consluté sur Internet, la chaîne de télévision demain.fr et fait de nombreuses recherches avant de choisir Mauroux. « Nous venions régulièrement en vacances dans le sud-ouest et nous voulions absolument quitter le tourbillon des villes », souligne le couple. Ce qui les a décidés pour Mauroux, c’est l’implication très forte du maire à leur côté. Ensemble, ils ont pu agrandir le magasin,

proposer du pain et de la viande, sachant que la boulangerie et la boucherie venaient de bais ser le rideau pour cause de départ en retraite. Dès lors, avec une surface de 150 m2, ils ont pu apposer l’enseigne Utile, étendre les horaires et les jours d’ouver ture, ajouter un rayon presse et commencer des tournées de livraison pour le pain. « Dès la première année, grâce à ces aménagements, le chiffre d’affaires a progressé de 25 ‰. Aujourd’hui, nous en sommes à + 120 ‰ par rapport à l’activité d’origine » se réjouit Philippe Baralis. Autre motif de satisfaction, les habitants du village soutiennent le commerce ainsi que les établissements et associations, depuis l’école jusqu’au foyer des Aînés, en passant par l’Office de Tourisme, le Comité des Fêtes ou la maison de retraite, qui s’approvisionnent pour une part chez Utile. En ce qui concerne les revenus, par contre, le constat est sans appel : « il a fallu accepter de les diviser par deux, avec la compensation de gagner un cadre de vie paisible. Ce qui nous manque désormais, c’est une activité tabac, car les clients en profitent pour acheter autre chose », conclut Philippe Baralis.
Claude et Ghislain Compozieux, boucherie-charcuterie à Cahors :
« La qualité par les labels pour fidéliser le client »

Chez Compozieux, institution cadurcienne en matière de boucherie, le changement de tête s’opère : Claude cède la place à son fils Ghislain. A 23 ans, ce dernier veut creuser le même sillon que son père : la qualité en fer de lance. « C’est un beau métier, qu’il faut absolument défendre. Souvent, ce sont des affaires familiales, parce que cela permet de réduire les charges », analyse lucidement Claude Compozieux. Sa croisade de toujours, c’est la viande sous label, le dessus du panier dans tous les domaines : porc, bœuf et veau fermier du Limousin, agneau du Quercy, poulet de Bresse. « Proposer de belles bêtes, ce n’est qu’un point de départ, précise Claude Compozieux, pour le reste, il ne faut pas rechigner sur les heures de travail.

Par ailleurs, il faut savoir renseigner le client en lui apportant les conseils qu’il attend, sur les cuissons ou les accompagnements par exemple ». Ghislain a bien compris le message. Initié au métier dès le plus jeune âge, il a fait le tour des meilleures adresses : il a été formé à la charcuterie chez Pégourié et à la pâtisserie chez Roland Périn. Conscient qu’il lui faut s’impliquer à fond et ne pas se contenter de la notoriété acquise, il a accepté d’entamer ses journées à trois heures du matin pour les finir vers 21 heures. « On ne peut réellement faire ce métier qu’en privilégiant la qualité », confie-t-il sobrement. Compagnon du Goût 2006, Ghislain dispose de toutes les armes pour réussir. Sauf une, que n’avait pas non plus son père : une surface correcte pour travailler. « Dans 57 mètres carrés tout compris, pour les cinq ou six salariés, tirer le maximum relève du miracle. Durant les fêtes de fin d’année, nous préparions nos commandes dans un camion stationné devant la porte. Nous avons voulu agrandir, mais c’est une banque qui a emporté les lieux », regrette Claude Compozieux.
Eric Glemet, boucher-charcutier à Bretenoux : « A nos portes, des bêtes saines et bien nourries »

Originaire de Beaulieu en Corrèze et issu du groupe Leclerc oú il était responsable du rayon boucherie, Eric Glemet n’a eu « que la frontière à traverser » pour reprendre le magasin Lacan à Bretenoux. Ce qu’il a fait en 2001. Dans le métier depuis l’âge de 15 ans, ce professionnel rigoureux est heureux de son sort : au centre d’un bassin d’élevage très qualitatif et avec l’abattoir de Saint-Céré tout proche, il peut courir les fermes et acheter de belles bêtes chez des éleveurs qu’il connaît bien. Charcuterie maison et plats cuisinés complètent une gamme gour mande bien fournie. L’entreprise regroupe quatre bouchers, dont deux anciens patrons d’expérience.

Très entre prenant, Eric Glemet dirige son équipe en montrant l’exemple : Compagnon du Goût, il ne cède rien sur la qualité et sait le faire savoir. Chez Leclerc, il n’a pas manqué d’observer la façon d’animer un commerce et d’initier des opérations festives. Son chiffre d’affaires est en constante progression, porté par un bassin nord lotois jeune et en belle croissance économique. L’été, de nombreux résidents occasionnels savent apprécier une viande qu’ils ne retrouvent pas dans leur région ou pays d’origine. « Cela m’a convaincu d’acheter une machine de mise sous vide pour qu’ils puissent emporter nos produits chez eux », précise Eric Glemet.
Laurent Lagoutte, boucheriedu Rempart à Gourdon : « Un très beau métier, mais en danger »

« Qui a besoin d’un boucher aujourd’hui ? » La question est volontairement provocatrice, mais elle mérite réflexion. Dans un contexte de concurrence effrénée, l’artisan-boucher « à l’ancienne » doit jouer des coudes pour défendre son expertise. Depuis neuf ans, le Cadurcien Laurent Lagoutte est aux commandes de la boucherie du Rempart. Il est boucher-abatteur, c’est-à-dire qu’il choisit sa bête sur pied, l’achète et la transporte lui-même à l’abattoir de Villeneuve-sur-Lot.

« Je ne travaille pas les labels, mais la qualité fermière, avec une traçabilité garantie depuis l’étable jusqu’à l’assiette. Chaque fois que c’est possible, je m’offre des bêtes primées. Quand on débite une vache par semaine en moyenne, il faut que la qualité soit constante », insiste-t-il. S’adaptant à la demande du consommateur, Laurent Lagoutte élabore ses produits et a lancé une activité de traiteur : son laboratoire chaud et froid de 130 m2, équipé aux normes, le lui permet. Présent sur le marché de Gourdon, ce jeune professionnel s’interroge sur la nécessité d’entreprendre des tournées. « C’est un métier contraignant, il faut vraiment aimer ça pour continuer », conclut-il.
Edwige et Fabrice Forest,boulangerie-pâtisserie Le Ch’ti Lotois à Thégra : « Nous ne voulions pas d’un multiple rural »

Souvent, c’est une structure intermédiaire qui permet à un commerce de s’installer : pour ce jeune couple originaire du Nord, qui a d’abord passé quatre ans dans les rugueux climats du Cantal, l’opportunité de s’installer à Thégra sous des cieux plus riants s’est présentée grâce à SOS Villages. En effet, la mairie du village avait édifié ce local bien intégré dans un cadre fortement patrimonial, cherchant des professionnels pour y animer un multiple rural. « En juin 2005, nous avons appris avec bonheur que notre candidature était retenue, parmi les 19 couples candidats. Pourtant, la mairie souhaitait un commerce multiservice alors que notre projet était d’ouvrir une boulangerie-pâtisserie : nous avons relevé le défi », commente Edwige Forest.

De nombreux villages alentour étant privés de boulangerie, le potentiel leur a paru intéressant. Un an après, le bilan est très positif. « Nos produits plaisent. Ils sont tous faits maison et de fabrication artisanale. Le pain est fabricqué à l’ancienne et cuit dans un four à bois. Cette aventure était un pari pour la commune, qui a fait les travaux et financé l’achat du four. Bien sûr, la deuxième année, les charges vont arriver. Mais tout laisse à penser que nous pour rons continuer », confie Edwige Forest. Avec l’apport touristique saisonnier, quelques dépôts pour le pain, l’Office de Tourisme et le Gouffre de Padirac qui envoient des clients, le jeune couple nordiste peut envisager la vie lotoise en rose.
Gérard Bodi, boulangerie-pâtisserie Le Banneton à Cahors : « Se battre pour imposer des produits à l’ancienne »

Tout le monde connaît et reconnaît Gérard Bodi : ses croisades pour le bon pain et la création du Croustilot lui ont valu une évidente notoriété. L’Epi Quercynois, qui vient d’être repris par son fils Emmanuel et porte l’enseigne « Au cœur du pain », fut sa première enseigne dans le chef-lieu en 1987, avant que Le Banneton ne porte en 2000 la marque de son excellence, avec la boutique qu’il exploite en concession sous la Halle. A Cahors La Beyne, le Banneton, c’est une boulangerie-pâtisserie, flanquée d’un petit restaurant-brasserie. Ces affaires marchent très bien et font travailler 14 personnes. Quant au célèbre Croustilot, fruit de la confrérie des boulangers du Lot, il est apparu en 1996 : 300 tonnes de farine au départ, 1 100 aujourd’hui.

Une trentaine d’adresses vendent désormais du Croustilot et de nouveaux candidats se déclarent chaque année, dont cinq pour 2007. Mieux, le dossier qui doit permettre l’obtention du Label Rouge est en cours d’examen. Le Croustilot deviendrait alors le seul pain de France titulaire de ce label prestigieux. Comment Gérard Bodi voit-il son métier, lui qui a l’expérience du rural comme de l’urbain ? « En ville, les boulangers étaient mal placés auparavant, dans des petites rues. Aujourd’hui, plusieurs d’entre eux occupent des lieux stratégiques et peuvent concurrencer efficacement les terminaux de cuisson », estime-t-il. En campagne, le professionnel regrette l’essaimage des multiples ruraux car peu sont réellement rentables. « Le tissu commercial est parfois tellement fragile qu’une installation maladroite peut le faire craquer », note Gérard Bodi. Selon lui, seule une qualité irréprochable peut faire la différence : fidèle à ce crédo, il défend bec et ongle la fabrication traditionnelle du pain et lutte contre tout risque de banalisation. « Des jeunes arrivent et je suis confiant pour eux. A condition qu’ils élargissent leurs gammes, proposent des pizzas ou des quiches et des produits traiteurs », confie Gérard Bodi.